Face à la crise financière, quelle doit être la réponse européenne ?

LA CRISE FINANCIÈRE INTERNATIONALE: MENACES ET CONTRAINTES
Partie 3: LES SOLUTIONS ET LES MESURES ANTI-CRISES
Chapitre1 : Les solutions proposées par les Etats-Unis et l’Europe
Section2: les solutions proposées par l’Europe
•    Face à la crise, quelle doit être la réponse européenne ?

o    Le rôle de la BCE et des politiques budgétaires : adopter une politique économique cohérente pour limiter les effets de la crise sur l’économie réelle
Les pressions inflationnistes obligent la BCE a une certaine prudence. Cependant, si le ralentissement de l’économie et la relative stabilisation des prix du pétrole se confirment les risques inflationnistes seront réduits. Dans ce scénario probable, la BCE pourrait graduellement baisser ses taux d’intérêt à partir du 2e trimestre 2008. En Angleterre, une baisse des taux plus précoces était justifiée par les risques entourant le marché de l’immobilier : elle devrait être poursuivie dans les mois qui viennent.
Les politiques budgétaires ont-elles un rôle à jouer ? Aux Etats-Unis, l’administration n’a pas hésité à proposer un plan de relance massif, représentant environ 1% du PIB, concentré sur des baisses d’impôt en direction des ménages et des entreprises. En Europe, le rôle à accorder à la politique budgétaire dépend des Etats membres, selon leur exposition au ralentissement économique et la situation de leurs finances publiques. La crise actuelle est un choc asymétrique : certains pays européens comme l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Irlande sont exposés aux effets du retournement du marché immobilier, contrairement à l’Allemagne.

Ce sont en outre les pays qui seront les plus touchés par le ralentissement de l’économie américaine mais l’état des finances publiques y est bon. Ils disposent donc de marges de manœuvre : une politique budgétaire visant à soutenir temporairement la consommation des ménages et l’investissement des entreprises y serait bienvenue. Le FMI a du reste apporté son soutien à cette approche16. En revanche, cette politique ne peut être menée dans certains pays pourtant exposés au ralentissement, comme la France et l’Italie, en raison de l’état des finances publiques. En particulier, la France paie son incapacité à revenir à l’équilibre budgétaire dans les périodes de croissance supérieure au potentiel : au moment où elle en aura besoin, elle ne disposera pas des marges de manœuvre nécessaires.

o    L’obligation de transparence du secteur bancaire : restaurer la confiance et mieux structurer les marchés dérivés
Les banques ont dévoilé progressivement les pertes qu’elles ont subies à la suite de la crise des crédits hypothécaires à risque. Cependant, beaucoup d’entre elles ont mis beaucoup de temps avant de reconnaître qu’elles étaient touchées, pour annoncer simultanément leur recapitalisation (par apport de capitaux d’investisseurs extérieurs) et limiter ainsi les risques de rachat ou la défiance des clients et des autres banques. Or cette attitude a conduit à une incertitude persistante sur le montant des engagements des banques qui a provoqué des secousses sur les marchés financiers et des répliques à la crise initiale. La première obligation des banques et des organismes de crédit est donc de rétablir la transparence sur leurs bilans, premier élément d’une évaluation des actions nécessaires et du retour de la confiance. A l’avenir, cette transparence supposera que les banques soient plus prudentes vis-à-vis des engagements hors bilan et de la titrisation, et qu’elles communiquent au public la nature et le montant de ses engagements. Les actionnaires des banques devront être plus exigeants à cet égard, de façon à connaître leur exposition réelle aux risques potentiels. De la même façon, les investisseurs devraient être mieux informés des caractéristiques des produits « structurés » qui leur sont proposés. Ceci supposera probablement une simplification des dérivés de crédit. Il conviendrait aussi de s’assurer que les émetteurs des valeurs mobilières adossées à des paquets de créances conservent une part du risque associé (par exemple la tranche la plus risquée) pour forcer à un minimum de prudence dans l’émission de ces titres.

Pour éviter que la crise des subprimes ne se reproduise à l’avenir, les banques et les autorités de contrôle des marchés financiers et du secteur bancaire devraient travailler à la standardisation des valeurs mobilières adossées à des créances et des instruments dérivés. La création de marchés organisés (avec un système de chambre de compensation venant se substituer au gré à gré) permettrait de réduire le risque de contrepartie et d’assurer le « mark to market » (l’évaluation quotidienne de la valeur d’un contrat financier en fonction des prix du marché) des produits qui ont fait leurs preuves comme les titres à revenus fixes (fixed income securities), les swaps de taux17 ou les dérivés de crédit pour lesquels les volumes d’échange sont déjà importants. Ceci renforcerait la transparence de ces marchés, éviterait aux investisseurs moins expérimentés de s’aventurer sur les marchés de gré à gré et réduirait les risques de crise de liquidité.

o    Tirer les leçons de la crise actuelle : pour une régulation capable de s’adapter à l’innovation financière
Chaque crise financière est suivie d’appels à la transparence et à la régulation, et pourtant de nouvelles crises surviennent. Ceci s’explique pour partie par le processus continu d’innovation financière qui conduit à l’invention de produits de plus en plus complexes destinés à attirer les fonds disponibles sur des actifs plus risqués en jouant avec les règles existantes. Le régulateur a donc toujours un temps de retard. Pourtant un ensemble de mesures peuvent être prises pour rendre la régulation financière plus efficace.

o    Modifier les règles s’appliquant aux agences de notations
Les agences de notation (Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch) jouent un rôle important de quasi-régulation financière puisqu’elles ont pour fonction d’évaluer les risques associés aux produits financiers, y compris les plus complexes. Déjà mises en cause lors de la crise asiatique en 1997 et au moment du scandale Enron en 2001, les agences de notation sont de nouveau la cible de critiques relatives à leur transparence et à leur efficacité. Plusieurs problèmes peuvent être soulignés l’évaluation du risque associé aux titres complexes adossés à des créances hypothécaires était rendue beaucoup plus difficile par le mélange de créances de niveaux de risques divers et reposait le plus souvent sur des modèles mathématiques fournis par les émetteurs de ces titres eux-mêmes (et qui se sont en outre avérés inopérants dès que la crise a commencé). C’est là une première source de conflits d’intérêt.

– les agences de notations ne s’intéressent qu’au risque de défaut et non au risque de marché (résultant des fluctuations des cours), ce qui peut induire en erreur les investisseurs peu expérimentés.
– les agences de notations sont confrontées à de multiples conflits d’intérêt : en particulier, elles sont payées par les émetteurs des titres et non par leurs acheteurs, elles vendent des services de conseil à ces mêmes émetteurs (notamment sur la façon de structurer les titres de façon à obtenir la meilleure notation de leur risque).
Pour remédier à cette défaillance du système de notation (qui n’est pas compensée par la nécessité de préserver leur réputation), certaines solutions peuvent être apportées :
– interdire aux agences de notation de fournir des services de conseil, ce qui permettra en outre d’accroître la concurrence dans le secteur des agences de notation en facilitant l’entrée de nouveaux compétiteurs
– rendre les agences indépendantes de leurs clients actuels en les finançant par un prélèvement obligatoire sur les sociétés émettant les titres faisant l’objet d’une notation.
– créer une distinction claire entre les notations des différents types d’obligation pour ne pas induire l’investisseur en erreur en notant des produits peu comparables sur la même échelle de valeur.

o    Renforcer la supervision bancaire au niveau communautaire
À l’heure actuelle, les systèmes de supervision bancaire restent nationaux. Une coordination a été mise en place à l’échelle européenne dans le cadre du processus de Lamfalussy initié en 200120. Elle s’appuie sur le Plan d’action pour les services financiers de la Commission européenne (1999), la mise en oeuvre des accords de Bale II dans l’UE, et la réunion de 51 autorités nationales au sein du Comité européen des superviseurs bancaires (CEBS, créé en 2004). Elle a permis une harmonisation des pratiques prudentielles mais, à l’heure où l’intégration financière s’accélère en Europe et où des banques opérant dans plusieurs pays européens se sont constituées et développées21, aucune autorité nationale ou européenne n’a accès aux données concernant l’ensemble des principales banques européennes et il n’y a pas de procédure harmonisée en cas de crise bancaire. Pour y remédier, les actions suivantes pourraient être envisagées :
o**    Renforcement du Comité européen des superviseurs bancaires pour améliorer la coopération entre les autorités nationales et préparer le rapprochement des législations dans le cadre d’une directive communautaire plus ambitieuse.
o**    Adoption d’un régime prudentiel communautaire applicable à l’ensemble des banques opérant dans plusieurs pays européens et création d’une autorité unique chargée de le faire appliquer, rattachée au CEBS et mettant les données dont elle dispose à l’entière disposition des banques centrales de l’Union. Ceci permettrait de disposer de l’ensemble des données nécessaires en cas de crise de liquidité
o**    Publication par le CEBS et les banques centrales d’un rapport commun sur la stabilité financière dans l’Union européenne permettant de donner une vision unifiée de la situation financière et des risques qui pèsent sur celle-ci aux niveaux communautaire et national.
Ce rapport serait actualisé régulièrement, sur le modèle du Financial Stability Report du FMI. Les banques centrales pourraient y faire référence et en tenir compte dans leur décision de politique monétaire.
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JAMET Jean-François l’Europe face à la crise financière ; revue de la fondation robert Schuman; question d’Europe n°89.18 février 2008.
JAMET Jean-François l’Europe face à la crise financière ; revue de la fondation robert Schuman; question d’Europe n°89.18 février 2008.
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   One Comment


  1. moussaoui zaki
      2 February, 2011

    nous vous remercions pour votre éfforts

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