L'impact de la crise financière en Amérique

Les conséquences de la crise financière – Partie2:
La crise financière mondiale actuelle a surpris les gouvernements de la planète par son ampleur et sa brutalité. Malgré les plans de relance économique mis en place et l’injection massive de capitaux pour renflouer les systèmes financiers, la perte de confiance des acteurs économiques persiste et un climat d’incertitude domine la conjoncture mondiale.

L’horizon de sortie de crise reste ainsi incertain. Cette crise se distingue aussi par son lot de grandes interrogations sur la configuration qu’aura le monde post-crise. Elle a donné lieu à une action concertée au niveau international (G20 essentiellement) pour tenter de réviser la régulation des systèmes financiers.

Pour autant, cette concertation n’a pas empêché les Etats de se lancer dans de nouvelles stratégies de négociation et de repositionnement dans la mondialisation, porteuses de grandes implications aussi bien au plan de la carte économique et industrielle mondiale qu’au plan des relations internationales.

Chapitre 1: Les conséquences de la crise financière pour les économies mondiales
Section1 : L’impact de la crise financière en Amérique et ses partenaires économiques:

Aux Etats-Unis, le premier bilan des effets de la crise montre l’amorce d’une contraction de l’activité durant le 1er semestre 2008, en dépit des aides gouvernementales. L’impact sur la croissance a cependant été moins fort que prévu car les exportations ont progressé de 13% grâce à la baisse du Dollar. Ceci cependant sera transitoire et le résultat plutôt satisfaisant du 2ème trimestre 2008 ne préjuge pas du futur.

La contraction de la demande intérieure, qui sera au total de -4% à -6% en combinant les effets de l’arrêt du Home Equit Extraction et un effet de richesse négatif, va s’aggraver durant l’automne 2008 et l’hiver, alors que les effets des aides gouvernementales se seront dissipés. L’investissement est déjà en forte baisse de même que la consommation des ménages (baisse de -4,5% des achats de biens durables). Le 2ème semestre 2008 sera très mauvais, et l’économie américaine pourrait entrer en récession au 3ème trimestre et y rester jusqu’à la fin du printemps 2009 dans le meilleur des cas. La production industrielle a commencé à baisser (-1,1%) au mois d’août et cette tendance devrait se confirmer.

La contraction de la demande devrait se traduire par une hausse continue du chômage, qui de 6,1% à l’été 2008 pourrait fin 2009 atteindre le niveau de 1992 soit 8% de la population active2. La dégradation de la situation des ménages et des entreprises fragilisera encore plus les banques américaines. La crise financière et bancaire va rebondir, cette fois en raison de la dégradation de la situation du secteur « réel ». Les marges de manœuvre des autorités sont faibles, quel que soit le résultat de l’élection présidentielle de novembre 2008. Le déficit budgétaire a été prévu à 3,5% du PIB.

Avec le Plan Paulson et la détérioration de la situation il continuera de monter dans la mesure où le budget fédéral devra prendre à sa charge le sauvetage des institutions hypothécaires parapubliques comme Freddy Mac et Fanny Mae et la consolidation des comptes du budget des états3. Ainsi, le déficit public pour l’année fiscale 2009 (FY-09) pourrait dépasser les 10% du PIB et atteindre les 12%, aggravant à terme la pression à la baisse du Dollar. Sauf à imaginer une politique économique radicalement nouvelle, le retour à la croissance sera faible dans son ampleur et fragile.

La crise américaine aura des conséquences dramatiques sur le Mexique qui sera pris en étau entre la contraction du marché intérieur américain et la perte de compétitivité des exportateurs mexicains face à la Chine. En Grande-Bretagne, les mécanismes y sont les mêmes. L’endettement des ménages atteint 107% du PIB et les Home Equity Loans jouent le même rôle que les Home Equity Line Of Credit. La crise hypothécaire y suit des courbes parallèles. De même, le taux d’épargne des ménages est très faible et ne saurait être encore diminué.

Les ménages britanniques, fragilisés par les politiques libérales et privé de protection sociale pour une part importante de la population, seront particulièrement vulnérables. Le ralentissement du secteur immobilier est déjà brutal ; comme aux Etats-Unis il y a un fort effet de richesse négatif. La Grande-Bretagne devrait connaître une forte contraction de l’activité, avec une hausse simultanée du chômage et des déficits publics entre fin 2008 et fin 2009. L’entrée de l’Irlande dans une forte récession (avec -1,5% du PIB) est un indicateur de ce qui menace le pays. La situation des pays de la Zone Euro est extrêmement contrastée. Un pays comme l’Espagne se rapproche fortement du modèle Anglo-Américain. L’endettement des ménages est considérable et l’épargne faible. La croissance récente a reposé sur la spéculation immobilière. L’éclatement de la bulle immobilière se traduit très fort ralentissement du secteur de la construction (de 800 000 logements/an à moins de 300 000).

Le mécanisme des hypothèques à taux variable et décalé conduit à une très forte montée de la charge de l’endettement sur les ménages. Les remboursements mensuels ont atteint en moyenne 47% du revenu des ménages début 2008 et devrait dépasser les 50% à l’automne 2008. Les banques espagnoles, dont plus de 65% des actifs sont issus des activités immobilières, sont très vulnérables. Mais, le gouvernement espagnol a engagé un plan de relance massif (20 milliards d’Euro). Si un effondrement de l’Espagne ne menace pas dans l’immédiat, la dette publique s’accroît fortement et le déficit de la balance commerciale explose. L’Espagne est en effet un des pays de la Zone Euro où les coûts salariaux ont le plus augmenté. Cette situation est aggravée par la forte appréciation de l’Euro.

Dans le cas de l’Allemagne, l’effondrement des anticipations des entreprises depuis mars 2008, témoigne de la contraction brutale des carnets de commande. Si l’activité n’a pas encore brutalement ralenti, elle devrait le faire au début de 2009.
En France où le crédit hypothécaire est peu développé, l’appréciation de l’Euro est dévastatrice. En incluant tous les effets, elle provoque une baisse de la croissance de 0,6% à 1%. Par ailleurs les banques françaises ont procédé depuis début 2008 a un notable rationnement du crédit8. Depuis la campagne présidentielle de 2007, notre pays est présenté de manière quasi-hystérique comme en état de surendettement pour justifier une politique de rigueur budgétaire. La réalité des faits est très différente, et la situation globale de la France plus favorable que chez nos voisins. La France aurait dû pouvoir traverser la crise au moindre mal. Il n’en sera rien, car la politique du gouvernement Fillon depuis l’été 2007 aggrave les effets de la crise financière.

Elle vise à réaliser une déflation pour accroître la compétitivité. Cependant, l’effet direct détériore le pouvoir d’achat déjà sous pression de la concurrence internationale pour les travailleurs à qualification faible ou moyenne, et l’effet indirect est équivalent à un effet de richesse négatif conduisant les ménages à modérer brutalement leurs dépenses. Compte tenu de la hausse de l’Euro, il n’y aura pas d’effet positif du commerce extérieur et les réformes actuelles vont accroître la vulnérabilité globale de l’économie française face à la crise.

La croissance française sera plus faible que prévue en 2008 et une récession est à craindre au printemps 2009. La politique Fillon est le pendant moderne de la politique de Pierre Laval en 1935.

•    Les effets de la crise sont très divers pour le monde

La crise financière en AmériqueLa crise actuelle va se traduire par une très faible croissance dans les 3 années qui viennent pour les pays développés, avec un taux annuel moyen pour 2008-2010 de 1,2% aux Etats-Unis, 1,3% en Allemagne et 1,5% en France. À l’inverse, la croissance restera soutenue dans les BRIC, avec un taux moyen d’au moins 6% sur 2008-2010. Le PIB cumulé de ces 4 pays qui atteignait 26% de celui des Etats-Unis en 2000, devrait atteindre 60% en 2010. Pour d’autres pays émergents, coincés entre la dépression des marchés occidentaux et la montée de la concurrence chinoise, l’avenir s’annonce plus sombre. C’est le cas en Amérique Latine, mais aussi de plusieurs pays du Maghreb. La principale caractéristique des effets réels de la crise financière est de mettre en lumière une forte hétérogénéité des situations et des réactions au sein des économies occidentales.

Les déterminants négatifs l’emportent largement partout, mais pour des raisons assez différentes suivant les pays. Il n’y a donc pas une malédiction de la crise. Une autre politique monétaire dans la zone Euro, et une autre politique publique pour la France, pourraient considérablement modérer l’impact de la crise. La crise financière actuelle met donc en évidence la diversité des modèles de capitalisme et de leurs réponses à une même perturbation. La globalisation de l’économie n’a pas été son unification. Le « modèle américain » ainsi que ses « clones » souvent cités en exemple ces dernières années (Grande-Bretagne et Espagne) apparaît comme la première victime de la crise. Les stratégies combinant une financiarisation de l’économie, une déréglementation et une acceptation de fortes inégalités en accroissent la vulnérabilité. Le cœur économique traditionnel de l’Union Européenne est appelé à traverser une période de dépression, voire de récession relativement longue.

On le voit dès aujourd’hui avec le recul du marché de l’automobile et des biens manufacturés. Ceci va peser lourdement sur la croissance des « nouveaux adhérents » dont la balance commerciale devrait se dégrader sensiblement en 2008 et 2009. Dans le même temps, l’économie russe, dont le marché intérieur est en forte expansion, va jouer le rôle d’un pôle régional de croissance. Ceci pourrait accélérer la tendance à la « dé-corrélation » de certaines économies (Slovaquie, Hongrie, Roumanie, et Bulgarie) avec le reste de l’UE, mais aussi peser sur la Zone Euro.

Dans de nombreux secteurs (automobile, constructions mécaniques) les profits des entreprises européennes sont réalisés en priorité sur le marché russe. L’analyse des causes de la crise montre que, au-delà de nécessaires réglementations financières et bancaires, il n’y aura de retour durable à la croissance que si l’effet taux de change peut être combattu et si les revenus des fractions les plus exposées du salariat peuvent être consolidés. La protection du travail industriel à faible et moyenne qualification est une condition de la stabilité de la demande intérieure. Ceci ne sera pas possible sans le recours assumé à des politiques protectionnistes.
LA CRISE FINANCIÈRE INTERNATIONALE: MENACES ET CONTRAINTES
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L’IRES (institut royale des études statistiques) Le Maroc face à la crise financière  et économique mondiale ; Enjeux et orientations de politiques Publiques ; Mai 2009 p : 1
SAPIR  Jacques ; La crise économique et financière de l’automne 2008 ;De la crise de liquidité à la crise de modèle ;6 octobre 2008 ;p :3 la-forge.info/wp…/2008/10/crise-financiere-jacquessapir.pdf
SAPIR  Jacques ; La crise économique et financière de l’automne 2008 ;De la crise de liquidité à la crise de modèle ; 6 octobre 2008 ;p :4 la-forge.info/wp…/2008/10/crise-financiere-jacquessapir.pdf
SAPIR  Jacques ; La crise économique et financière de l’automne 2008 ;De la crise de liquidité à la crise de modèle ; 6 octobre 2008 ;p : 5 la-forge.info/wp…/2008/10/crise-financiere-jacquessapir.pdf
SAPIR  Jacques ; La crise économique et financière de l’automne 2008 ;De la crise de liquidité à la crise de modèle ; 6 octobre 2008 ;p : 5 la-forge.info/wp…/2008/10/crise-financiere-jacquessapir.pdf
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SAPIR Jacques ; La crise économique et financière de l’automne 2008 ;De la crise de liquidité à la crise de modèle. 6 octobre 2008 ; p : 5 la-forge.info/wp…/2008/10/crise-financiere-jacquessapir.pdf
SAPIR1 Jacques ; La crise économique et financière de l’automne 2008 ;De la crise de liquidité à la crise de modèle. 6 octobre 2008 ; P : 5-6 la-forge.info/wp…/2008/10/crise-financiere-jacquessapir.pdf
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