Le procédé du héros et du voyage dans Candide ou l’Optimisme

Le voyage initiatique de Candide
Chapitre II- Description du conte

2-Le procédé du héros et du voyage dans Candide ou l’Optimisme
a- Composition :
Le conte de Candide entasse les malheurs entraînés soit par les fléaux naturels, soit par la brutalité des hommes pour peindre une sorte de tableau noir du pessimisme. Les différentes parties du tableau sont rattachées au héros qui fait lui même ses propres expériences ou s’informe de celles des autres. Le récit des aventures du héros se prolonge de celui des personnages secondaires dont l’histoire vient s’encadrer dans l’intrigue principale. C’est le cas de l’histoire de Cunégonde au chapitre 8, la vieille aux chapitres 11 et 12, le baron frère de Cunégonde, du nègre du Surinam de Paquete, des six rois déchus etc.
b- Caractérisation et détermination
Pour l’enchaînement un tel entassement de faits, le héros est fortement caractérise au début de l’ouvrage par un trait de nature et par une double détermination à la fois interne et externe, puisqu’elle s’incarne dans les deux personnages de Pangloss et de Cunégonde. C’est «  un jeune garçon à qui la nature avait donné les mœurs les plus douces. Sa physionomie [annonce] son âme. Il[a] le jugement assez droit avec l’esprit le plus simple, c’est je crois, pour cette raison qu’on le [nomme] Candide »2 C’est aussi la raison pour laquelle il adopte d’abord sans réserve les thèses optimistes de son précepteur Pangloss «  le petit Candides [écoute]  ses leçons avec toute la bonne foi de son âge et son caractère »2.  Quand à la fille du château où il était élevé Mlle Cunégonde « âge de dix sept ans, c’est haute en couleurs fraîche, grosse, appétissante, il la tonne extrêmement belle quoiqu’il prît jamais la hardiesse de la lui dire » .

c – Succession, Candide et Cunégonde
Cette dernière détermination fournit au conte son principal procédé d’enchaînement. Car à peine les deux jeunes gens se sont ils avoué leur amour derrière un paravent que M. le baron les surprend et chasse Candide « à grands coups de pieds … » Dès lors, Candide s’en va par le monde «  n’oubliant jamais » Mlle Cunégonde (chap3), «  espérant toujours revoir Mlle Cunégonde » (chap. .20) parlant à tout propos d’elle. Il la retrouve quelque temps pour la perdre a nouveau jusqu’à leur retrouvailles finales. C’est elle qui le tire d’affaire après l’autodafé (chap7). C’est par amour pour elle qu’il tue une première fois, «  quoiqu’il eût les mœurs fort douces » un juif important et monseigneur le grand inquisiteur (chap. 9) et de même encore le baron en personne, frère de Cunégonde (chap. 15) D’où l’obligation où il est mis plusieurs fois de s’enfuir (chap. 9 – 14-15) .C’est pour ne pas s’éloigner d’elle qu’il tire vers la Cayenne et arrive fortuitement au pays de l’Eldorado. C’est aussi en partie à cause d’elle qu’il quitte ce pays. Candide ne cesse de dire à Cacambo. « Il est vrai, mon ami encore une fois, que le château où je suis né ne vaut pas le pays où nous sommes, mais enfin Mlle Cunégonde n’y est pas …. Si nous retournons dans notre monde avec douze montons chargés de cailloux d’Eldorado, nous serons plus riches que tous les rois ensembles… » (Chap. 18) Ainsi riche et sûr de lui, Candide est transporté d’amour au point d’écrire le nom de Cunégonde sur les arbres. A partir du  chapitre 19, son chemin tend vers Venise où il doit retrouver Cunégonde et quand il apprend qu’elle est esclave en Turquie, il n’est plus occupé que d’aller trouver sa chère à Constantinople (chap. 26).
d – Confrontation, Candide et Pangloss
L’optimisme est le thème central de l’œuvre comme l’indique le sous-titre, Candide ou l’Optimisme. Il en fait la principale unité. L’organisation de ce thème autour du personnage principal utilise à la fois le trait dominant de sa nature, sa candeur, et la détermination qui lui vient des théories de Pangloss. Lancé brusquement dans le monde, il ne manque pas de juger de tout ce qu’il lui arrive d’après ses croyances. Deux recruteurs sont entrain d’abuser de sa naïveté en se jouant de lui, assurant que «  les hommes ne sont faits que pour se secourir les uns les autres. – vous avez raison, dit Candide : c’est ce que M Pangloss m’a toujours dit, et je vois bien que tout est au mieux » (chap. 2). Ainsi le thème est toujours présent et le texte s’organiser comme une confrontation entre les leçons de l’expérience et un système de pensée figé. Car avec son jugement droit et malgré son préjugé qui reparaît des que les choses paraissent s’arranger pour lui :
« M. Pangloss me l’avait bien dit … », Candide tire pour lui les leçons de l’adversité. Il conçoit ses premières doutes à la fausse nouvelle de la mort de Cunégonde ( chap. 4) au chapitre 13, il commerce à affirmer de nouvelles convictions : « c’est bien dommage , [….] que le sage Pangloss ait été pendu  [….] il nous dirait des choses admirables sur le mal physique et sur le mal moral qui couvrent la terre et la mer, et je me sentirais assez de force pour lui faire respectivement quelques objections »  .Au chapitre 19 après la rencontre de l’esclave nègre sa convention est achevée :O Pangloss ! s’écria Candide, tu n’avais pas deviné cette abomination c’en est fait, il faudra qu’a la fin je renonce à ton optimisme »
e – La morale .Candide, Pangloss et Martin
A partir de cet instant, apparaît aux côtés de Candide le personnage de Martin, pessimiste résolu, qui représente la détermination contraire à celle de Pangloss et fournit l’occasion de discussion sans fin sur le thème central. À la fin, la sagesse de Candide représente une voie moyenne entre les deux extrêmes de l’optimisme et du pessimisme. Tandis que martin pense que travailler sans raisonner est «  le seul moyen de rendre la vie supportable tandis que Pangloss, après avoir perdu , par suite de la vérole, le bout du nez un œil une oreille , après avoir été pendu et incisé depuis le nombril jusqu’à la clavicule, après avoir ramé aux galères , n’en continue pas moins de démontrer que tous les événements sont enchaînés dans le meilleur des mondes possibles » , Candie, pour sa part ,retiré avec les siens sur la petite métairie qu’il a acquise en Turquie fait fructifier sa terre et met chacun selon ses capacités au travail qui éloigne l’ennui, le vice et le besoin , il a appris au terme de tant de voyages et d’expériences qu’il faut cultiver son jardin » Candide chapitre 30, p 155, Gallimard.
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2-Voltaire,  ibid.,  p.22.
-Voltaire, ibid., p.63.
– Voltaire, ibid., p 93.
-Ahmed BOUCHIKHI, Candide Voltaire p.10 Afrique Orient, Casablanca, 2004.



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