ANNEXES , Le voyage initiatique de Candide

Le voyage initiatique de Candide

ANNEXES

Extrait : N° 1
Rien n’était si bien, si lest, si brillant, si bien ordonné que les deux armées, les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, formaient une harmonie telle qu’il n’y en eut jamais en enfer les canons renversèrent d’abord à peu près six mille hommes de chaque côté, ensuite la mousqueterie ôta du meilleur des mondes environ neuf à dix mille coquins qui en infectaient la surface, la baïonnette fut aussi la raison suffisante de la mort de quelques milliers d’hommes. Le tout pouvait bien se monter à une trentaine de mille âmes. Candide qui tremblait comme un philosophe, se cacha du mieux qu’il put pendant cette boucherie héroïque.

Enfin, tandis que les deux rois faisaient chanter des Te Deum chacun dans son camp, il prit le parti d’aller raisonner ailleurs des effets et des causes. Il passa par-dessus des tas de morts et de mourants et gagna d’abord un village voisin, il était, en cendres : c’était un village Abare que les Bulgares avaient brûlé, selon les lois du droit public. ici des vieillards candidecriblés de coups regardaient mourir leurs femmes égorgées qui tenaient leurs enfants à leurs mamelles sanglantes , là des filles éventrées après avoir assouvi les besoins naturels de quelques héros rendaient les derniers soupirs, d’autres, à demi brûlées, criaient qu’on achevât de leur donner la mort . Des cervelles étaient répandues sur la terre à côté de bras et de jambes coupés .Candide s’enfuit au plus vite dans un autre village, il appartenait à des Bulgares et des héros Abares l’avaient traité de même.
De la guerre : Extrait du chapitre III, Voltaire, Candide ou l’optimisme, pp 26-27.

Extrait : N°2
Après le tremblement de terre qui avait détruit les trois quarts de Lisbonne, les sages du pays n’avaient pas trouvé un moyen plus efficace pour prévenir une ruine totale que de donner au peuple un bel autodafé, il était décidé par l’université de
Coîmbre que le spectacle de quelques personnes brûlées à petit feu en grande cérémonie, est un secret infaillible pour empêcher la terre de trembler.
On avait en conséquence saisi un Biscayen convaincu d’avoir épousé sa commère , et deux portugais qui en mangeant un poulet en avaient arraché le lard : on vint lier après le dîner le docteur Pangloss et son disciple Candide, l’un pour avoir parlé , et l’autre pour avoir écouté avec un air d’approbation : tous deux furent menés séparément dans des appartements d’une extrême fraîcheur, dans lesquels on n’était jamais incommodé du soleil, huit jours après ils furent tous deux revêtus d’un san-benito, et on orna leurs têtes de mitres de papier : la mitre et le san-benito de Candide étaient peints de flammes renversées et de diables qui n’avaient ni queues ni griffes , mais les diables de Pangloss portaient griffes et queues, et les flammes étaient droites, Ils marchèrent en procession ainsi vêtus, et entendirent un sermon très pathétique , suivi d’une belle musique en faux bourdon Candide fut fessé en cadence, pendant qu’on chantait, le Biscayen et les deux hommes qui n’avaient point voulu manger de lard furent brûlés et Pangloss fut pendu , quoique ce ne soit pas la coutume , le même jour la terre trembla de nouveau avec un fracas épouvantable.
De l’intolérance : extrait du chapitre VI, Voltaire, Candide ou l’optimisme

Extrait : N° 3
En approchant de la ville, ils rencontrèrent un nègre étendu par terre plus que la moitié de son habit, c’est –à –dire d’un caleçon de toile, il manquait à ce pauvre homme la jambe gauche et la main droite «  Eh, mon Dieu ! Lui dit Candide en hollandais, que tu là mon ami , dans l’état horrible où je te vois ? J’attends mon maître, M Vanderdendur, le fameux négociant, répondit le nègre Est-ce M Vanderdendur , dit Candide, qui t’a traité ainsi ? oui monsieur , dit le nègre, c’est l’usage on nous donne un caleçon de toile pour tous vêtement deux fois l’année . quant nous travaillons aux sucreries et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main , quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les deux cas . C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. Cependant, lorsque ma mère me vendit dix écus patagons sur la côte de Guinée, elle me disait : « Mon cher enfant, bénis nos fétiches adore les toujours, ils te feront vivre heureux, tu as l’honneur d’être esclave de nos seigneurs les blancs, et du fais par lù la fortune de ton père et de ta mère «  Hélas ! je ne sais pas si j’ai fait leur fortune , mais ils n’ont pas fait la mienne. Les chiens, les singes et les perroquets sont mille fois moins malheureux que nous. Les fétiches hollandais qui m’ont converti me disent tous les dimanches que nous sommes tous enfants d’Adam, blancs et noirs. Je ne suis pas généalogiste, mais si dimanches que nous sommes tous enfants d’Adam, blancs et noirs, je ne suis pas généalogiste , mais si ces prêcheurs disent vrai, nous sommes tous cousins issus de germains. Or vous m’avouerez qu’on ne peut pas en user avec ses parents d’une manière plus horrible.
Ô Pangloss ! s’écria Candide, tu n’avais pas deviné cette abomination, c’en fait il faudra qu’à la fin je renonce à ton optimisme – qu’est ce qu’optimisme ? disait Cacombo -Hélas ! dit Candide, c’est la rage de soutenir que tout est bien quand on est mal » Et il versait des larmes en regardant son nègre, et en pleurant il entra dans Surinam.
De l’esclavage :c Extrait du chapitre XIX , Voltaire, Candide ou l’optimisme

Extrait : N° 4
Candide, en retournant dans sa métairie, fit de profondes   réflexions sur le discours du Turc. Il dit à Pangloss et à Martin : «  ce bon vieillard et Martin : «  Ce bon vieillard me paraît s’être fait un sort bien préférable à celui des six rois avec qui nous avons eu l’honneur de souper –les grandeurs , dit Pangloss, sont fort dangereuses , selon le rapport de tous les philosophes : car enfin Eglon , roi des Mobites, fut assassiné par Aod , Absalon fut pendu par les cheveux et percé de trois dards, le roi Nadab, fils de jéroboam , fut tué par Baza , le roi Ela par Zambri , Ochosias, par jéhu , Athalia , par joîada les rois joachim , jêchonias, sédécias, furent esclaves, vous savez comment périrent crésus , Darius , Denys de Syracuse , pyrrhus, persée, Annibal jugurtha Ariviste, césar, pompée, Néron, vitellius, Domitien, Richard II d’Angleterre, Eduard II, Henri VI, Richard III ; Marie Stuart, Charles 1er , les trois Henri de France, l’empereur Henri IV ? vous savez … – je sais aussi , dit Candide qu’il faut cultiver notre jardin- vous avez raison , dit Pangloss : car quand l’homme fut mis dans le jardin d’Eden , il y fut mis ut opérateur eum .pour qu’il travaillât , ce qui prouve que l’homme n’est pas né pour le repos – Travaillons sans raisonner, dit martin c’est le seul moyen de rendre la vie supportable ».
Toute la petite société entra dans ce louable dessein ; chacun se mit à exercer son talent. la pâtissière , paquette broda , la  vieille eut du linge. Il n’y eut pas jusqu’à frère Giroflée qui ne rendit service , il fut un très bon menuisier , et même devint honnête homme , et Pangloss disait quelquefois à Candide : « Tous les événements sont enchaînés dans le meilleur des mondes possibles car enfin si vous n’aviez pas été chassé d’un beau château à grands coups de pied dans le derrière pour l’amour de Mlle Cunégonde si vous n’aviez pas été pas mis à l’Inquisition , si vous n’aviez pas couru l’Amérique à pied, si vous n’aviez pas donné un bon coup d’épée au baron, si vous ,’aviez pas perdu tous vos moutons du bon pays d’Eldorado, vous ,e mangeriez pas ici des cédrats confits et des pistaches – cela est bien dit, répondit Candide, mais il faut cultiver il faut cultiver notre jardin ».
De la philosophie : Extrait du chapitre XXX, Voltaire.; Candide ou l’optimisme.



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