La Tunisie: Pluviomètrie moyenne annuelle régionale
Pays pauvre et guerre de l’eau – Chapitre IV : 
Section II : L’eau, la ville et les champs au Maghreb :
2-2 : La Tunisie :
La Tunisie, en raison de sa situation géographique entre la Méditerranée et le Sahara, est Un pays aride sur la majeure partie de son territoire. Cette aridité, conjuguée à la variabilité du climat méditerranéen, fait de l’eau une ressource à la fois rare et inégalement répartie Dans le temps et dans l’espace.

La rareté des ressources en eau, la variabilité et l’irrégularité de sa répartition d’un côté, et l’augmentation des besoins en eau de l’autre ont exigé une attention particulière de la part des gestionnaires quant à l’identification, la mobilisation et la rationalisation de la desserte de la ressource en eau. C’est ainsi qu’un effort considérable a été consacré par les gestionnaires de l’eau en Tunisie pour la mobilisation des eaux aussi bien de surface que souterraines; ce qui a permis jusqu’en 2006 de mobiliser 91% du total des ressources mobilisables (Ministère de l’Environnement et du Développement Durable, 2006).

En ce qui concerne les eaux de surface, la mobilisation a été effectuée moyennant la construction de 26 grands barrages, 190 barrages collinaires et 812 lacs collinaires, ayant une capacité totale de 2200 millions de m3 (Mm3), représentant 88% des ressources mobilisables en eau de surface. A travers sa stratégie de mobilisation, la Tunisie a pu accroître continuellement son offre en eau et répondre ainsi aux demandes exprimées, que ce soit en agriculture irriguée ou bien dans les autres secteurs de développement, comme l’industrie, le tourisme ou le développement urbain en général. Cependant, les études prospectives et stratégiques réalisées pour le compte du Ministère de l’Agriculture et des Ressources Hydrauliques, dont l’étude de 1998, s’accordent toutes sur le rapprochement entre ressources mobilisées et demandes en eau à l’horizon 2030. Aussi, la mobilisation des ressources conventionnelles tend vers ses limites.

Afin de continuer à répondre aux nouveaux besoins et en vue de satisfaire le développement socio-économique des générations futures, les experts préconisent un effort supplémentaire en termes de gestion par la demande ainsi que de recours aux ressources non conventionnelles.

PLUVIOMETRIE MOYENNE ANNUELLE REGIONALE
D’après l’expérience vécue en Tunisie, une année sèche ou humide correspond à un déficit ou un excédent de l’ordre de 30 à 50% par rapport à la moyenne. Une année est considérée de forte sécheresse ou de forte humidité si le déficit ou l’excédent dépasse 50% (Ministère de l’Agriculture et des Ressources Hydrauliques, 1999). Pour notre analyse, nous distinguons à travers la Tunisie trois régions naturelles caractérisées par des conditions climatiques, hydrologiques, géomorphologiques et géologiques relativement homogènes : le Nord, le Centre et le Sud (Figure 2). Variabilité pluviométrique Les séries d’observations de la base de données de la Direction Générale des Ressources en Eaux (DGRE) pour trois stations (Direction Générale des Ressources en Eaux, 2004,)

Ont fait l’objet d’un traitement et d’une analyse statistique afin d’étudier la variabilité pluviométrique (Tableau 1). Les trois stations choisies correspondent chacune à une région naturelle du pays :
• Tunis Manoubia, représentant la région du Nord ;
• Kairouan, représentant le Centre du pays ;
• Medenine, représentant le Sud du pays.

Le coefficient de variation (Cv) traduit le degré de dispersion des valeurs de la pluviométrie annuelle par rapport à la moyenne. Il est respectivement de 0,27 pour la station de Tunis Manoubia, 0,39 pour la station de Kairouan et 0,52 pour la station de Medenine. Ce coefficient est donc plus faible au Nord du pays, où la pluviométrie annuelle est plus régulière. Pour cette région et pour une série d’observations portant sur 119 ans à la station de Tunis Manoubia, 15% des années ont été considérées sèches avec un déficit pluviométrique annuel compris entre 30 et 50% par rapport à la moyenne de la période, alors que seulement une seule année a été extrêmement très sèche (1%) avec un déficit supérieur à 50%. Le minimum enregistré pendant cette période est de 220 mm (années 1947-48), avec un déficit de 52%. Le maximum enregistré pendant cette période est de 807 mm (années 1958-59), soit un excédent de 77%.

Les trois grandes régions naturelles de la Tunisie

Les trois grandes régions naturelles de la Tunisie

En Tunisie, les risques d’abondance ou d’insuffisance d’eau, telles qu’elles ont été définies, ne sont qu’un phénomène normal et courant dû au climat du pays. Ils ont conditionné une gestion intra et inter annuelle permettant le stockage de l’excès hydrique pendant les années excédentaires et son utilisation pendant les années de sécheresse. Grâce à sa tradition enracinée dans le temps et à sa volonté politique, la Tunisie a réussi à satisfaire la demande des différents secteurs pendant les périodes d’abondance et de garantir le minimum nécessaire des besoins en eau pendant les périodes de pénuries.

Avec des ressources en eau proches de la saturation, due à une évolution croissante de la demande, et pour subvenir aux besoins et préserver les droits des générations futures, la Tunisie doit continuer cette politique et la consolider, surtout au niveau de la mobilisation, de l’économie de l’eau et de la préservation des ressources en quantité et en qualité. Les nouvelles ressources en eau de surface peuvent provenir non seulement des eaux non conventionnelles, mais aussi par la maîtrise des événements exceptionnels pendant les années humides (telle que la prise en considération des fortes crues dans la mobilisation, la réduction des déversements et le rapprochement au maximum des volumes régularisables de celles mobilisables).Pour les crues d’une fréquence décennale, le volume d’eau non maîtrisé est presque équivalent à celui mobilisé.

D’où l’intérêt de mener une réflexion sérieuse pour la maîtrise des apports des évènements exceptionnels. Entre autres, il s’avère judicieux d’examiner les possibilités de transfert et de stockage des eaux de surface excédentaires dans les nappes phréatiques surexploitées. Aucune idée et technique pour la maîtrise des eaux excédentaires ne sont à exclure avant de faire l’objet d’une étude de faisabilité technique et d’évaluation du rapport coût/bénéfice à moyen et long terme.

Problématique de la gestion durable de l’eau: Le coût économique du recyclage des eaux usées

Le coût économique du recyclage des eaux usées

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L’Etat des Ressources en Eau au Maghreb en 2009
Partie II : Les eaux douces et de surface
Chapitre 7 : Caractérisation des événements extrêmes en Tunisie et possibilités de la maîtrise des excédents pour Une gestion durable de la ressource
L’Etat des Ressources en Eau au Maghreb en 2009
Partie II : Les eaux douces et de surface
Chapitre 7 : Caractérisation des événements extrêmes en Tunisie et possibilités de la maîtrise des excédents pour
Une gestion durable de la ressource  « H.L. FRIGUI Direction Générale des Ressources en Eau (DGRE), Tunisie »