L’eau, la ville et les champs au Maghreb

La question de l’eau dans les trois pays du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie) se pose dans des termes spécifiques par rapport au reste du monde arabe. Ici le problème de l’eau, de sa répartition se place dans un cadre strictement national qui exclut les interférences d’ordre géopolitique.
Aucun organisme fluvial ne traverse plusieurs pays.par ailleurs, dans le contexte de rareté de la ressources, les états maghrébins ne disposent pas des ressources financières suffisantes qui leur permettraient de recourir largement, à l’instar des pays du Golfe, aux ressources non conventionnelles.les problèmes de gestion sont donc essentiels et notamment l’allocation de l’eau aux différents utilisateurs. C’est sans doute dans […]
Problématique de la gestion durable de l’eau: Le coût économique du recyclage des eaux usées
Chapitre IV : pays pauvre et guerre de l’eau:
Section II : L’eau, la ville et les champs au Maghreb :

[…] notamment l’allocation de l’eau aux différents utilisateurs. C’est sans doute dans les pays du Maghreb que les concurrences entre les usages urbains et agricoles sont les plus vives.

Les données d’ensemble :
Le bilan des ressources en eaux douces renouvelables et de leur utilisation dans chacun des trois pays figurent dans le tableau ci-dessous :

Population.

97

Ressources totales Prélèvements annuels Utilisation
millions Km3 m3/hab Km3 % res m3/hab Eau urbaine industrie irrigation
Algérie 29.8 19 638 3.4 18 114 22 14 64
Maroc 28.2 30 1064 12.5 42 443 6 3 91
Tunisie 9.3 4.35 468 3 60 280 13 7 80
total 67.3 53.3

5

793 18.9 35 274 10 6 84

Potentiel et utilisation des eaux douces au Maghreb

Potentiel Eaux mobilisab Eaux régularisable
Surface souter total Km3 %eaux régularis
Algérie 19 9.5 5 3.5 8.5 3.4 40
Maroc 30 21 12 4.5 16.5 12.5 75.8
Tunisie 4.35 3.8 1.7 1.7 3.4 3 88
total 53.35 34.3 18.7 9.7 28.4 18.9 66
100 64% 53% 35%

Mobilisation des eaux douces au Maghreb
2-1 : le Maroc :
Le Maroc est un pays extrêmement diversifie autant par ses types humains, ses sites naturels ou son patrimoine architecturel, il est aussi occidentale qu’oriental et reste très marqué par l’encourage de sa civilisation agricole et rurale et ce en dépit de l’évolution démographique entre le rurale et l’urbain. L’agriculture dans notre pays est toujours considérée comme une autre chose qu’une simple activité économique. La richesse et les contrastes de l’environnement imprègnent à cette agriculture une extrême diversité tant en matières d’espace, de produits et de systèmes d’exploitations que de formes de productions et d’échanges.

L’eau reste l’élément structurant de cette diversités de l’espace agricole et l’irrigation est considérée, depuis toujours, comme le procédé le plus approprié pour luter contre l’aridité et les vicissitudes du climat. La tradition des aménagements hydraulique et l’irrigation remonterait à l’époque phénicienne et se serait poursuivie à nos jours. Cependant, bien qu’elle soit très ancienne, l’irrigation n’est devenue réellement une politique qu’en 1967 avec le lancement par feu sa majesté le roi Hassan II de la politique des barrages et du million d’hectares irrigués.
Ainsi, d’un impératif technique séculaire incontournable pour pallier les aléas climatique, l’irrigation a acquis depuis 1967 une triple dimension sociale, économique et environnementale. Le million d’hectares irrigué, au-delà de la donne chiffrée, l’objectif revêtait une réelle portée historique prospective. C’est toute une politique de l’eau, elle-même reflet d’une grande politique agricole et d’une stratégie pertinente de développement économique et social, qui était ainsi appelée à accomplissement.

Depuis, des réalisations prodigieuses qui n’ont pas fini d’étonner, ont vue le jour et on permit d’atteindre l’objectif du million d’hectares irrigués qui a pris valeur symbolique. Ces réalisations tiennent du prodige non seulement pour les importantes infrastructures de mobilisation, d’adduction et de distribution de l’eau d’irrigation, mais aussi pour le modèle de développement qui définit la logique et la cohérence de la politique du million d’hectares irrigués. Cette politique, sélective et différenciée dans l’espace certes, mais intégrée, équitable et durable dans ses concepts, n’a cessé de façonner l’espace agricole, le monde rural et l’économie nationale dans son ensemble. Elle est considérée comme le secteur de lancement, d’ajustement et aussi de financement de la croissance économique. De grands impacts socio-économiques, aux niveaux locale régional, national, et stratégique de sécurité alimentaire, sont à mettre à l’actif ces espaces irrigues.

Comme l’affirment les déclarations ministérielles des forums mondiaux sur l’eau, cette ressource a de nombreuses valeurs qui sont à la fois économiques et sociales. La valeur économique de l’eau est intimement liée à l’usage qui en est fait ou à la valeur qui lui est accordée par la société. Outre sa valeur économique, l’eau est avant tout un bien social. En effet, l’eau est davantage reconnue comme cruciale pour la réduction de la pauvreté et le développement durable.
Dans toutes les prochaines années, cette ressource va constituer un enjeu majeur sur le plan à la fois économique, social, écologique et politique. Principalement en raison du risque accru de raréfaction et de contamination de cette ressource vitale.

Situés pour une large part dans les zones bioclimatique de l’aride et du semi-aride et ne disposant par conséquent que de ressources en eau limitées, le Maroc est l’un des pays du méditerranées qui sont confrontés à une crise hydraulique majeure qui se manifeste par la raréfaction et la dégradation de l’eau d’une part, et par une compétition croissante entre les divers usages de l’eau (agriculture, l’industrie, besoins domestiques). Ajoutant que l’agriculture reste le secteur le plus consommateur d’eau, l’irrigation consomme prés de 88% des eaux mobilisées. Au Maroc, le secteur d’irrigation a bénéficié depuis 1960 d’une attention toute particulière dans tous les plans de développement. Cette attention s’est traduite par un effort considérable de mobilisation de l’eau, de renforcement des moyens juridiques, institutionnels, et de mise en valeur des grands périmètres irrigués. L’essentiel de l’effort d’investissement de l’Etat a été consacré, en grande majorité, à la grande hydraulique par la création de 9 ORMVA au niveau des grands périmètres irrigués en leur attribuant la promotion des travaux d’équipement hydro-agricoles, la responsabilité de la gestion de l’eau d’irrigation et de favoriser la mise en valeur agricole. Cette politique volontariste, en matière de développement et de valorisation des ressources en eau, a permis d’atteindre des acquis indéniable.

Les superficies aménagées sont passées de 137000 ha en 1967 à plus d’un million d’ha aujourd’hui. Ces aménagements hydro-agricoles réalisés par l’Etat ont concerné aussi bien les périmètres de grande hydraulique (GH) (685000 ha) que les périmètres de petite et moyenne hydraulique (PMH) (334000 ha) répartis sur l’ensemble du territoire national. A ces aménagements réalisés par l’Etat viennent s’ajouter les aménagements réalisés par le privé qui portent sur plus de 400000 ha.
Aujourd’hui, le Maroc compte une centaine de barrages pour une capacité de retenue totale de près de 16 Milliards de mètres cubes permettent de régulariser annuellement près de 10 milliards de mètres cubes de surface. A cela s’ajoute 13 systèmes de transfert d’eau, donc une infrastructure hydraulique qui permet de diminuer les effets des phénomènes hydrologiques extrêmes tels que la sécheresse et les inondations.

L’irrigation a permis donc de contribuer substantiellement à satisfaire les besoins alimentaires croissants de la population, d’une part, et de promouvoir un développement économique et social autour des périmètres irrigués d’autre part. Pour la production agricole, depuis la mise en place de cette politique, la mise en valeur dans les périmètres irrigués a enregistré des progrès notoires grâce à l’intensification et à la diversification des cultures sans irrigation.
L’extension de l’irrigation a permis également de promouvoir le développement rural à travers notamment l’augmentation et la stabilisation des revenus des ruraux. Sur le plan économique, bien que les zones irriguées ne couvrent que 13% de la SAU du pays, elles contribuent pour 45% de la valeur ajoutée agricole en année d’hydraulicité moyenne et à plus de 70% en année sèche et pour 75% des exportations des produits agricoles.

La part des périmètres irrigués dans le produit intérieur brut du pays se situe entre 7 à 10% selon l’hydraulicité de l’année. En revanche les zones irriguées engloutis près de 90% des eaux marocaines (20 milliards de m3 mobilisée en année moyenne) dont 60% se perdent dans la nature en raison de systèmes défaillants.     L’irrigation gravitaire représente environ 80% de la superficie des grands périmètres irrigués du Maroc, par conséquent, les pertes en eau restent importantes. La superficie équipée en techniques d’irrigation économes de l’eau est estimée à près de 66.000 ha dont 44.000 ha en irrigation localisée, soit pratiquement 6% de la superficie aménagée.

Malgré, la mise en place d’un système étatique d’incitation depuis 1985, le rythme moyen d’équipement est resté faible et n’a pas dépassé 4.000 ha/an (le rythme soutenu de prés de 10.000 ha/an). IL est donc nécessaire de réduire ces pertes, soit par une gestion rationnelle de l’utilisation de l’eau, soit par l’utilisation de techniques d’irrigation adéquates. Malgré les efforts d’investissement consentis par l’Etat en matière d’infrastructure d’irrigation et de promotion du secteur irrigué entrepris depuis quatre décennies, les équipements hydrauliques se trouvent en état de dégradation continu.

Cette situation devient de plus en plus remarquable à cause de la détérioration de la qualité du service de l’eau et du sol ainsi que les gaspillages qui ont accompagné l’exploitation des systèmes d’irrigation et d’infrastructures. A tous ces facteurs, s’ajoute la crise qu’a connu le Maroc aux années 80 causée par de multiples facteurs, il y a lieu de citer la succession des années de sécheresse, les irrégularités des précipitations et les difficultés liées aux finances de l’Etat inhibant ainsi sa capacité d’action. Devant une telle situation, la stratégie d’intervention étatique devrait prendre une autre forme. Ainsi, le recule de l’Etat et la réduction de son rôle au profit des mécanismes du marché sont devenus une nécessité. En effet, ce changement de politique s’est traduit par le désengagement de l’Etat, d’où le lancement dès le début des années 80, un programme d’ajustement structurel (PAS). Ce programme a touché l’ensemble de l’économie nationale et revient à un désengagement progressif de l’Etat des secteurs où l’initiative privée pourrait agir de façon meilleure. Le secteur agricole a été soumis à la même logique par le biais du programme d’ajustement structurel agricole (PASA).

Sur la voie du désengagement de l’Etat Dans les périmètres irrigués, des étapes importantes ont été franchies, les ORMVA se sont désengagés de toute forme de prestations de services et des opérations à caractère commercial. Les plans d’assolement qui étaient obligatoires dans ces mêmes périmètres ont été abandonnés et les agriculteurs autorisés à se déterminer en fonction de leurs propres choix de production et bien sur pratiquer ce qui est plus rentable tout en prenant en considération la disponibilité des eaux d’irrigation dans le périmètre.
Malgré les efforts consentis dans l’irrigation, son développement a toujours été accompagné de plusieurs changements et/ou dégradations des milieux physique, biologique et humain ; Des changements qui peuvent menacer le développement agricole durable.
Ces impacts négatifs, peuvent être dus aux modes d’exploitation des eaux et des sols au sein des périmètres irrigués ainsi qu’ils puissent survenir des activités industrielles ou d’urbanisation liées au développement des périmètres irrigués.

En outre, l’intensification de la mise en valeur agricole des sols, a été le plus souvent accompagnée d’une irrigation non maitrisée et d’une fertilisation minérale excessive pouvant avoir un impact négatif sur la qualité des ressources en eaux qui se traduit par la pollution nitrique au niveau des eaux souterraines. Cette pollution réduit les ressources hydriques de bonne qualité et accentue le déséquilibre que connait le secteur de l’eau au Maroc (Banque Mondiale, 1995). Elle engendre aussi un risque sanitaire pour la population rurale s’approvisionnant le plus souvent directement de l’aquifère.

Aussi, le problème de la dégradation des sols est très fréquent à l’échelle nationale. Il se manifeste de diverses manières : érosion de la terre superficielle, salinisation du sol et sa destruction (appauvrissement en matière organique, tassement,…etc.) ainsi que la perte de sa fertilité chimique. Selon BADRAOUI et Al, 1997, Certaines études montrent qu’au Maroc, il y a un risque de grande perte des capacités des barrages par envasement ,23 millions d’hectares sont touchés par l’érosion et la perte de la capacité de stockage par envasement est estimée à 70Mm3 /an. Mise à part l’érosion hydrique, qui est un problème environnemental capital auquel de nombreux aspects de l’irrigation sont directement liés (turbidité des eaux, envasement des retenues, détérioration des ouvrages), la plupart de ces formes de dégradation sont associées à la salinisation .La superficie affectée par la salinisation est estimée à 350.000 ha.

A ces problèmes s’ajoute le problème de la précarité et de la diminution quantitative de la ressource en eau ; il est à noter que le Maroc est parmi les 20 pays qui seront en situation de « rareté » des ressources en eau d’ici 2020. En effet, le potentiel hydrique, qui a varié de 2560 m3 par habitant et par an en 1960 pour atteindre actuellement 720 m3/hab./an et dont les prévisions en 2020 prévoient quelques 570 m3 /hab. /an, est fortement attient avec une surexploitation des ressources en eau souterraines. Aujourd’hui, la plupart des nappes connaissent une baisse alarmante : 40 m dans le Sousse, 30 m dans le Haouz, 60 m dans le Sais et 40 m dans AIN Béni Mttir en plus d’un quasi-épuisement de certaines nappes

Le Maroc est finalement soumis à une crise hydraulique qui impose donc une réorientation des politiques hydrauliques. Celles-ci visent une meilleure valorisation des ressources en eau et un meilleur ciblage de son usage, à travers un contrôle renforcé de la demande, la mise en œuvre d’incitation pour la diffusion des techniques d’économies d’eau et le développement des ressources alternatives comme le dessalement de l’eau de mer et le recyclage des eaux usées.

Données générales :
• Production de l’eau potable (EP) : 99% Publique (ONEP + Régies municipales)
• Distribution de l’EP : 70% Publique ; contrairement aux idées reçues, seulement 30% de la distribution Sont assurés par un opérateur privé (Casablanca, Rabat, Tanger/Tetouan).

Indicateurs :
Le succès de la gestion publique au Maroc est mesuré essentiellement par les indicateurs suivants :
• Taux d’accès à l’Eau Potable: 100% en milieu Urbain, dont 92% par des Branchements Individuels (BI) et 8% via les bornes fontaines (BF) et 86% en milieu Rural (dont environ le tiers par BI et le reste par BF) ;
• Continuité du service (24h/24h) ;
• Qualité de l’EP répondant aux normes internationales de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ;
• Rendement de distribution supérieur à 75% ;
• Taux de recouvrement (factures) supérieur à 99 %.

Facteurs de succès de la gestion publique de l’Eau au Maroc :
• Valeurs du service public : « Droit à l’Eau pour Tous »
• Planification : Vision à long terme, gestion de la demande, réservation de la ressource.
• Tarification favorable à la généralisation de l’accès à l’eau:
• Coûts relativement plus bas que ceux du Privé : Par exemple, les prix de l’EP de LYDEC, filiale de Suez à Casablanca, sont en moyenne 30% plus chers que ceux de l’ONEP malgré le facteur d’échelle ;
• Péréquation territoriale permettant la solidarité entre région (villes/campagnes) ;
• Tarification progressive garantissant l’accès à l’eau en pénalisant le gaspillage.

D’une manière générale, il est à noter que ce n’est pas par hasard si derrière les rares « succès stories» dans la Région se trouvent des opérateurs publics performants, tels que la Société Nationale d’Exploitation et de Distribution des Eaux (SONEDE) et l’office national de l’assainissement (ONAS) en Tunisie ainsi que l’Office national de l’eau et de l’assainissement (ONEA) au Burkina Faso.
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La politique de l’eau et la sécurité alimentaire du Maroc a l’aube du XXI siècle session d’automne 2eme partie « publication de l’académie du royaume du Maroc »
L’Etat des Ressources en Eau au Maghreb en 2009
Chapitre 1 : Partager le savoir-faire en vue de généraliser l’accès à l’eau potable et à l’assainissement « S.BENSAID Office National de l’Eau Potable Maroc »



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