Les eaux conflictuelles du Moyen Orient

L’eau est devenue ces dernier années un sujet de préoccupation à l’échelle planétaire cette ressource indispensable et irremplaçable est particulièrement mal repartie à cause des frontières crées par l’homme. Sur la carte des disponibilités mondiales l’Afrique du nord et le Moyen-Orient apparaissent comme la zone la plus menacée. Un constat s’impose d’emblée : 4.3% de la population mondiale ne dispose que de 0.67% des ressources en eau douce renouvelable.

Après ces dernières décennies de volontarisme, d’engouement développementaliste et technicien vient le temps des inquiétudes. Après les années 1950, dans le monde arabe tout l’effort a été tendu vers la mobilisation de volumes croissant , on a loué les avantages entendus de l’agriculture irriguée, de la production d’électricité , de l’extension des réseaux de distribution dans les quartiers des villes et dans les compagnes. C’est l’époque des grandes réalisations qui contribuent à la légitimation des équipes en place : le haut barrage d’Assouan en Égypte, qui en son temps a été le plus vaste chantier du mondes, le barrage syrien de tabqa, le slogan marocain du […]
Problématique de la gestion durable de l’eau: Le coût économique du recyclage des eaux usées
Chapitre IV : pays pauvre et guerre de l’eau:
[…]  vaste chantier du mondes, le barrage syrien de tabqa, le slogan marocain du million d’hectares irrigués . Sous le triple choc de la sécheresse, des pollutions, de la croissance spectaculaire des besoins consécutifs à l’augmentation de la population et la croissance urbaine, la ressource naturelle  que l’on croyait  disponible a jamais devient un bien économique rare, le discoure change radicalement : rareté, punerie, pollution, affrontement sont les mots clefs d’une nouvelle problématique. Envolées les certitudes d’hier, le temps des bilans et des interrogations s’impose à tous. Peut-être faut-il se garder en ce domaine d’adopter des attitudes trop tranchées, de critiquer systématiquement ce qui, il y a peu,  passait pour la voie du progrès.

L’analyse de la question hydraulique ne peut pas se résumer  à des données purement techniques  et économiques, à des simples analyses de volumes et de flux. L’eau raconte la société. Les facteurs sociaux  et politiques sont aussi déterminants. L’utilisation de la ressource, sa destination compte autant que le simple décompte des quantités consommées. Le partage d’une ressource médiocre et irrégulièrement répartie pose de multiples problèmes de tous ordres. Concurrences et conflits, déjà anciens, ne font que s’aviver, s’exacerber à l’intérieur des espaces nationaux entre la ville, l’usine et les champs mais aussi entre les Etats. Les arbitrages sont de plus en plus difficiles à rendre. L’eau, son       usage, son appropriation sont plus que jamais un enjeu dans le monde arabe. Les populations d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, en forte croissance démographique, doivent partager des ressources en eau qui sont médiocres et très irrégulièrement réparties. Les données climatiques constituent une contrainte de première grandeur pour la mise en valeur auxquelles s’ajoutent trop souvent les contraintes hypsométriques ou pédologiques. L’analyse de la ressource fait apparaitre des sérieuses difficultés pour sa mobilisation, avec l’accroissement de la population que connait le monde arabe, la rareté est désormais bien installée

*L’eau dans le monde arabe, « Géorge mutin ».

Section 1 : Les eaux conflictuelles du Moyen Orient :

En droit international, jusqu’à ce jour, il n’existe pas de régime uniforme qui organise le partage de l’eau des fleuves  ou des nappes souterraines entre deux ou plusieurs Etats riverains. Les fleuves internationaux sont définis uniquement comme des cours d’eau qui, dans leur cours navigable, traversent des territoires dépendant de plusieurs Etats. Un fleuve international est régi par la Convention de Barcelone (1921). Ces règles sont aujourd’hui insuffisantes et inadaptées en raison de la multiplication des usages de l’eau, des nouvelles technologies, du développement économique, de la concentration urbaine.

En 1966, l’Association du Droit international réunie à Helsinki publie les « Règles d’Helsinki » qui apparaissent comme la synthèse juridique de longs travaux menés par l’Association sur l’ensemble des problèmes hydrauliques qui se posent en Droit international. L’association définit la notion de « bassin de drainage international » comme une zone géographique s’étendant sur deux ou plusieurs Etats et déterminée par les limites de l’aire d’alimentation du système hydrographique, eaux de surface et eaux souterraines comprises, s’écoulant dans un collecteur commun. Le fondement de la théorie du bassin intégré repose sur l’utilisation complète et intégrale des ressources et des possibilités du bassin géographique à des fins multiples dans une perspective d’intégration économique. On recouvre ainsi l’ensemble des usages de l’eau. On s’accorde aujourd’hui à reconnaître que c’est le bassin hydrographique et non pas les entités administratives artificielles imposées par les considérations politiques qui constitue l’unité naturelle de gestion, de planification et d’aménagement.

En 1970, l’Assemblée générale de l’ONU a chargé la Commission du Droit International (CDI) d’entreprendre « l’étude du droit relatif aux utilisations des voies d’eaux internationales à des fins autres que la navigation, en vue du développement progressif et de la codification de ce droit ». Les travaux sont difficiles. Un premier projet a été présenté en 1992 avec l’énoncé des principes suivants :

  • La définition du bassin de drainage : « un bassin de drainage international est une zone géographique s’étendant sur deux ou plusieurs Etats et déterminée  par les limites de l’aires d’alimentation du système hydrographique, eaux de surface et eaux souterraines comprises, s’écoulant dans un collecteur commun »
  • « Tous les Etats du bassin ont droit, sur leurs territoires, à une part raisonnable et équitable dans l’utilisation des eaux du bassin de drainage international »
  • « La détermination de ce qu’est une part raisonnable et équitable se fait à la lumière de tous les facteurs pertinents dans chaque cas particulier »
  • En 1997, les Nations Unies on adopté une convention fondée sur ces principes. Cette loi régira le partage international des eaux quand elle aura été ratifiée par 35 Etats au moins…..ce qui pourrait prendre au moins une dizaine d’années !

1-1: L’Égypte  et le bassin nilotique

Pendant des millénaires. Grâce aux eaux abondantes et limoneuses du grand fleuve, les égyptiens ont construit leur pays.  « L’Égypte est un don du Nil » la formule a été sans cesse répétée depuis Hérodote. Elle reste toujours vraie mais, de nos jours, les eaux nilotiques sont aussi revendiquées par d’autres pays riverains. L’axe nilotique, le cœur du monde arabe, est devenu un enjeu géopolitique.

Le plus long  fleuve du monde draine sur ses 6671km un immense bassin (2870000km2) partagé de façon fort inégal entre 9 pays .du sud au nord, il traverse successivement trois grands domaines climatiques : la zone équatoriale en Afrique orientale, la zone tropicale avec sa double variante humide et sèche et le désert saharien avant de se jeter dans le méditerranée.

Il prend naissance en Afrique orientale dans la région de grands lacs .deux sources se conjuguent pour donner naissance au Nil. De la source kasumo (2050m) sur les pentes du Mont Moujoumbiro au Burundi est issue la kagéra qui, après  avoir reçu un affluent ruandais de rive gauche se jette dans  le lac victoria (1300m). Au sortir du lac, le Nil victoria se fraye un passage parsemé de nombreuses chutes Murchinson et rapides, traverse le lacs Kyoga et après avoir franchi les impressionnantes chutes murchinson, parvient au lac Mobutu (ex-elbert). La seconde source du Nil est localisée à plus de 4000m dans les monts Ruwenzori en Ouganda .nés de la fonte des glaces et du ruissellement des eaux de pluies des torrents abondants, viennent alimenter la rivière semlik qui, après avoir traversé les lacs Edouard et George, mêle ses eaux de  Nil victoria au sortir du lac Mobutu. Le Nil, désormais devenu Nil Albert, au cours impétueux, dévale ensuite vers la cuvette soudanaise. Dans tout ce parcours, dans les montagnes d’Afrique  orientale partage entre la Tanzanie, le Burundi, le Ruanda, le zaïre, le Kenya et surtout  l’Ouganda, le fleuve est alimenté par d’abondantes pluies de régime équatorial (800à1200mm/an).

En pénétrant au soudan à Nimulé, il devient le bahr el Gebel (le « Nil de la montagne ») dont  le cours est toujours parsemé de rapides. Ce n’est qu’à partir de Mongalla à 4740km de son embouchure que la pente diminue. Le fleuve s’étale alors dans la cuvette soudanaise en un lacis inextricable de lacs aux contours mal définis, de marais, de bras divergents, d’îles flottantes  et d’amas de jacinthes d’eau : c’est la région des sud, alimentés aussi par de nombreux organismes fluviaux issus, en rive gauche, de la dorsale Nil-Congo. Cette zone mal drainée  est immense : 300 000 km² dans son extension maximale. L’évaporation y est intense : 14 milliards de m³ sont perdus chaque année : plus de la moitié du débit du fleuve.
Au nord de cette cuvette, le fleuve reçoit, en rive gauche, le bahr el-ghazal, une rivière permanente et devient, après le confluent, le Nil blanc qui pénètre dans une zone tropicale semi-aride puis aride. Il est renforcé par les apports, en rive droite,  des rivières éthiopiennes, torrentielles et limoneuses. Ces affluents vont à la fois considérablement augmenter le module du Nil et surtout en modifier le régime. La Sobat qui draine les eaux du sud du plateau éthiopien et des marais du sud-est soudanais ne modifie que légèrement le régime du fleuve. À Malakal, au confluent avec la Sobat, le Nil n’est plus qu’a 386 m d’altitude et il lui reste 3825 km à parcourir. Pendant 800 km jusqu’à Khartoum, le fleuve ne reçoit aucun affluent. Venu du lac Tana à 1840 m d’altitude, au cœur du massif éthiopien

Le Nil bleu, parvient au soudan à travers des gorges vertigineuses et inaccessibles et fournit au Nil blanc  59% de son débit. Ses impressionnantes crues d’été et ses énormes apports de sédiments boueux donnent au fleuve ses caractéristiques essentielles. Au-delà de Khartoum (à 2700km de son embouchure) le Nil trace un gigantesque S qui, a travers bouillonnantes tantôt apaisées dans une vallée souvent étroite et encaissée (les 6 cataractes) mais dont les berges peuvent aussi s’élargir. Au-delà de la 6éme cataracte, la plus en amont, le Nil reçoit son dernier affluent l’Atbara (13% du débit), au régime comparable, mais au débit moins puissant que le Nil bleu.
* L’eau dans le monde arabe, « Géorge mutin ».

1-2 : Le haut Barrage d’Assouan :
*    Gigantesque, il assure l’alimentation en eau d’un pays de 68 millions d’habitants en 2002 et se substitue en quelque sorte aux aménagements antérieurs. Construit au cours de la décennie 60, inauguration en 1971, entré en pleine capacité en 1975.
*    le volume de la retenue est impressionnant. La superficie du lac Nasser s’étire sur 6500 km2 (11 fois le lac Léman). La retenue est une des plus importantes du Monde : 162 km3. On voulait pouvoir stocker au moins le double de la crue moyenne annuelle. Mais tout n’est pas utilisable : il faut compter avec la nécessité de stockage des crues (41 km3), l’envasement prévisible sur 500 ans (31 km3). Le volume utile se réduit donc à 90 km3. Si, dans de total, on tient compte de l’évaporation et des infiltrations, l’eau effectivement disponible n’est plus que de 74 km3 que se partagent, en vertu d’un accord international, le Soudan (1805km3) et l’Egypte (55.5 km3).

Consommation annuelle d’eau
Eau disponible : 63.1 milliards de m3dont :55.5 du Nil
4.7 De la réutilisation des eaux de drainage
2.9 De pompages dans la nappe phréatique du delta et de la vallée
Consommation : environ 62 milliards de m3
Eau potable : 3.7 milliards de m3
Eau industrielle : 2.8milliards de m3
Eau de l’irrigation : 51.6 milliards m3
Maintien des eaux des fleuves fin janvier-début février (nettoyage des canaux) pour la production d’électricité et la navigation : 4milliards de m3 environ

La présence  du barrage a permis une progression très nette des cultures irriguées tout en autorisant une navigation sur le Nil toute l’année (tourisme) et une production d’énergie électrique. On estime que les superficies récoltées ont doublé soit par la généralisation de l’irrigation pérenne (extension verticale avec deux ou trois récoltes/an) soit par l’extension horizontale avec la politique de bonification notamment dans le delta.

Consommation annuelle d’eau
Eau disponible : 63.1 milliards de m3dont :55.5 du Nil
4.7 De la réutilisation des eaux de drainage
2.9 De pompages dans la nappe phréatique du delta et de la vallée
Consommation : environ 62 milliards de m3
Eau potable : 3.7 milliards de m3
Eau industrielle : 2.8milliards de m3
Eau de l’irrigation : 51.6 milliards m3
Maintien des eaux des fleuves fin janvier-début février (nettoyage des canaux) pour la production d’électricité et la navigation : 4milliards de m3 environ

1.3: Le barrage est pourtant insuffisant :
Face à la croissance démographique. Le barrage a été un véritable « ballon d’oxygène » pour le pays. Mais au début de sa construction, l’Egypte était un pays de 30 millions d’habitants, aujourd’hui il en compte 68 ; il en comptera sans doute 86 en 2025 et les démographes estiment que la population pourrait se stabiliser vers 2040 à quelque 115/ 120 millions d’habitants. La ressource en eau qui est actuellement de 900 m3/hab./an descendra à 674 en 2025 ! Les gains du barrage  sont d’une certaine manière annihilés par la croissance démographique. Le pays doit recourir à de coûteuses importations de biens alimentaires de base et doit étendre encore ses superficies irriguées, sortir de la vallée du Nil (projet de la nouvelle vallée par irrigation du littoral du Sinaï).
La retenue est jugée insuffisante, d’autant plus qu’il faut tenir compte de la succession d’années de sécheresse en Afrique orientale. De 1979 à 1988, les précipitations ont été inférieures à la moyenne et il a été nécessaire de puiser dans les réserves du lac Nasser : début 88 il ne restait plus que 8 km3 de réserves utiles ! En outre, on observe, semble-t-il, une baisse tendancielle de l’alimentation du Nil ! A terme, il faut envisager des ressources supplémentaires que l’on ne peut trouver que dans les pays riverains en amont. La position égyptienne est très ferme. Déjà, il y a 20 ans, en 1978, le président Anouar al Sadate déclarait : « Si quelqu’un fait quelque chose qui puisse nuire à notre environnement, nous n’hésiterions pas à entrer en guerre, car c’est une question de vie ou de mort ». Quelques années plus tard le ministre des Affaires Etrangères égyptien, Boutros-Ghali n’hésite pas à déclarer « la prochaine guerre dans notre région concernera l’eau, pas la politique ». Pour les Nations – Unies, «  la situation peut entraîner une série de catastrophes locales et régionales et des confrontations pouvant conduire à une crise mondiale. Comme le pétrole, l’eau pourrait devenir motif de guerre ou de paix ».

Le Nil
Le Nil
1.3 : Le Tigre et l’Euphrate.
Données hydrologiques.
*    Ils prennent toutes deux naissances en Turquie orientale (Kurdistan). L’Euphrate, long de 2 700 km, traverse en outre la Syrie et l’Irak. Le Tigre (1 899 km) est frontalier avec la Syrie et coule ensuite en Irak. En Basse Mésopotamie, les eaux mêlées des deux fleuves constituent, sur 170 km environ, le Chott el Arab qui débouche dans le golfe arabo – persique ; le régime des deux fleuves est très comparable, de type pluvio-naval, marqué par les pluies méditerranéennes d’hiver de l’Anatolie orientale et la fonte des neiges au printemps.

*    Les écoulements du Tigre et de l’Euphrate présentent trois grandes caractéristiques :
– Une très forte irrégularité à la fois inter-annuelle (rapport 1 à 4) et aussi  saisonnière (plus de la moitié des écoulements s’effectue en 3 mois (mars, avril, mai).
*-  L’ampleur et la brutalité des crues sont spectaculaires notamment dans la plaine alluviale de Mésopotamie.
*- Une diminution notable des débits de l’amont vers l’aval. Ainsi le débit moyen « naturel » de l’Euphrate à la frontière turco-syrienne est de 830 m3/s, 775 m3 à la frontière irakienne et 458 m3 à Nasiriya. Le débit moyen du Tigre de 1410 m3/s en aval de Bagdad tombe à 218 m3/s à Amara et 78 à Qalat Saleh en Basse Mésopotamie.

1-4 : Les aménagements irakiens.

*  Ils sont, de très loin, les plus anciens et se sont échelonnés dès 1927 tout au long du dernier siècle écoulé (cf. carte) avec trois types d’ouvrages :
– des barrages de dérivation de crues en premier lieu (Kut, Muqdadiya) entre les deux guerres.
– puis à partir de 1950, des barrages qui protègent contre les inondations et orientent les eaux de crue vers des dépressions naturelles où elles sont stockées (barrage de Ramadi et dépressions d’Habaniya et Abu Didis, barrage de Samara et dépression du Tharthar).
– plus récemment, construction de barrages de retenue sur les affluents du Tigre ou en Jéziré irakienne. Enfin, deux réalisations complètent la maîtrise des eaux : le canal Tharthar-Euphrate (1976) permet le déversement des eaux excédentaires du Tigre vers l’Euphrate ; en 1992 le pays a achevé un immense canal de drainage, le « 3e fleuve », long de 512 km, qui passe en siphon sur l’Euphrate et rejette dans le Golfe les eaux salées. Ce canal permettra de gagner par la désalinisation et l’assèchement des marais de nouvelles terres, il est aussi une opération politique dirigée contre la communauté chiite de Basse Mésopotamie (les Arabes des marais) dont le cadre de vie et les conditions d’existence sont déjà totalement transformées.

1-5 : Les aménagements syriens.
Construction  du  barrage  Tabqa  sur  l’Euphrate terminé en 1976.  La  retenue  de  12  km3  devrait   permettre  la  mise  sous  irrigation  de 640 000 nouveaux hectares mais on est très loin du compte (sans doute pas plus de 100 à 150 000 hectares).

Le GAP (Giineydogu Anadolu Projesi).
*  Le Programme Régional de Développement de l’Anatolie du Sud – Est, lancé en 1972, vise à un développement intégré d’une vaste zone de 75 000 km2 incluant 6 départements d’Anatolie orientale peuplés de 6 millions d’habitants. La phase de réalisation est déjà largement entamée. Cette gigantesque opération hydraulique se décompose en treize sous – projets : sept sur l’Euphrate et ses affluents et six dans bassin du Tigre. Une dizaine de centrales hydro-électriques produiront 27 milliards de kW/h, dont 8.1 pour Atatürk et 7.3 pour Karakaya. Le barrage Atatürk, la pièce essentielle, (48 milliards de m3, soit deux dois le débit moyen annuel du fleuve) est entré en service en 1992 et, depuis, ont été achevés les barrages de Karakaya sur l’Euphrate et d’Ilusu et de Sivan sur le Tigre. Actuellement entrent en phase terminale deux autres barrages : Birecik sur l’Euphrate et Battman sur le Tigre. L’eau ainsi mobilisée doit  allier  la  production  d’énergie  et l’irrigation. Sur une superficie cultivée de 3 000 000  hectares, 1 700 000 seront irrigués et consommeront 22 milliards de m3 d’eau/an. Actuellement, 120 000 hectares sont effectivement irrigués et 200 000 prêts à l’être. Quand tous les projets (22 barrages capables de stocker 60 milliards de m3 : 14 sur l’Euphrate, 9 sur le Tigre et 19 centrales) qui intéressent aussi bien la vallée de l’Euphrate que celle du Tigre viendront à terme, on estime qu’entre 17 et 34% du débit sera absorbé. Si tout se passe comme prévu le débit de l’Euphrate en Syrie devrait être réduit de 11 milliards de m3 et celui du Tigre de 6. En outre, les risques de pollution sont prévisibles. Les eaux usées du GAP vont de déverser dans la zone où se forme la source du Khabour, l’affluent syrien de l’Euphrate. On peut deviner la vigueur des réactions syrienne et irakienne.

L’arrangement de 1987 pour le partage des eaux.
On  peut  simplement  relever  la signature d’accords bilatéraux faute d’accords tripartites. Un accord de coopération économique est signé entre la Turquie et  la Syrie en juillet 1987, il comporte un volet pour les eaux de l’Euphrate. Les syriens obtiennent qu’un débit minimal, un quota, leur soit assuré. La Turquie s’engage, en attendant un accord sur la répartition finale entre les 3 pays riverains,  à  laisser  couler  une  moyenne  annuelle  de 500 m3/sec  (soit 15,75 km3/an  alors que le « débit naturel » de l’Euphrate à l’entrée en Syrie est de 28 km3.
Un accord bilatéral syro-irakien d’avril 1990 prévoit une répartition proportionnelle des eaux de l’Euphrate entre les deux pays riverains arabes : 42% des 500 m3/s reviennent  à  la Syrie  (soit 6.6 km3)  et  58%  à  l’Irak  (9km3). Ce double  protocole  n’est  pas  un  « vrai traité »,  mais  il demeure la base de référence dans toutes les discussions. Il faut enfin remarquer qu’il est très incomplet puisque rien n’a été prévu pour la répartition des eaux du

Le GAP turc
Le GAP turc

L’irrigation en Syrie
L’irrigation en Syrie

L’eau dans l’ancienne Palestine mandataire
L’eau dans l’ancienne Palestine mandataire.

1-6 : “Israël” / Territoires occupés.
La question de l’eau et de sa répartition entre les 5 millions d’Israéliens et les 2,4 millions de Palestiniens des territoires autonomes et occupés est plus explosive que la douloureuse question des colons juifs en terre palestinienne, plus compliquée à régler que le sort définitif des deux secteurs de Jérusalem et plus lourde de conséquences que la grande affaire des 3 millions de réfugiés palestiniens « de l’extérieur ». Comment partager des nappes aquifères qui se moquent des frontières et prennent au contraire un malin plaisir à relier, sous terre, des entités opposées en surface ?

Inscrit, comme la question des réfugiés, dans le cadre de négociations multilatérales qui réunissent une vingtaine de pays dans diverses capitales, le problème de l’eau s’est brutalement posé aux deux parties, lorsque Israël a accepté de transférer à l’autorité palestinienne la responsabilité de l’agriculture. Trop de monde pour trop peu de sources. L’adéquation tient en quelques chiffres. Le potentiel d’eau potable est d’environ 10 000 m3 par personne dans un pays comme les Etats-Unis, il est de 260 m3 en Jordanie et de 460 m3 en Israël. Or, comme disait récemment Yaakov Tsour, ministre de l’Agriculture, l’Etat juif tire aujourd’hui plus du tiers de sa consommation d’eau potable, les 300 000 colons juifs inclus, de trois grandes nappes phréatiques partiellement ou totalement situées en Cisjordanie. Au total, selon le ministre, ces trois nappes produisent 650 millions de m3 par an. Bien que 130 millions seulement soient à l’heure actuelle destinés aux Palestiniens, le reste allant pour l’essentiel aux  Israëliens, Yaakov Tsour a été clair : « Nous n’allons certainement pas entrer dans une bataille de redistribution avec les Palestiniens ».

La plus grande première nappe phréatique part de la région palestinienne d’Hébron et s’étire, sous Israël proprement dit, jusqu’à la côte méditerranéenne. Plus de 350 millions de m3 y sont pompés chaque année. La seconde nappe s’étend de la ville arabe de Djénine jusqu’à la région israëlienne du mont Gilboa. Celle-ci a un débit de 140 millions de m3 par an. Enfin, la nappe dite « orientale » a une capacité de 170 millions de m3 et n’est pas entièrement utilisée. Israël a accepté que les Palestiniens puisent essentiellement dans la nappe « orientale » 90 millions de m3 supplémentaires par an, dont 50 millions seraient détournés vers la bande autonome de Gaza. C’est en tout cas cette nappe, si les deux parties se mettent d’accord, que les Palestiniens pourraient tirer l’eau qui manque si cruellement à leur agriculture (près de 60 % des Palestiniens, mais moins de 10 % des Israéliens, vivent encore de l’agriculture). Cette nappe orientale est située dans la vallée du Jourdain, région frontalière de la Jordanie, qui fait intégralement partie des territoires occupés, mais dont l’Etat juif entend conserver le contrôle exclusif, y compris, jusqu’au règlement définitif de la question israëlo-palestinienne.

1-7 : Le Jourdain.
Le Jourdain est un petit fleuve (360 km) dont le bassin est partagé entre le Liban, la Syrie, la Jordanie et Israël. Il résulte de la réunion dans la dépression de Houle de trois rivières alimentées à la fois par les résurgences karstiques et la couverture neigeuse du Mont Hermon (2 814 m) : le Hasbani, le Dan et le Banias. Le Hasbani s’écoule sur 21 km en territoire libanais et a un débit moyen annuel de 150 millions de m3 : le Dan (12 km et 260 millions de m3) prend naissance à l’intérieur du territoire israélien, tandis que le Banias (30 km et 160 millions de m3) prend sa source dans le Golan syrien. Le débit moyen annuel après leur confluence est de l’ordre de 560 millions de m3. Le haut Jourdain rejoint en un court trajet (17 km) à travers des gorges volcaniques, le lac de Tibériade, situé à 210 mètres au-dessous du niveau de la mer. Il y déverse un volume annuel de 560 millions de m3. Long de 21 km, large de 12 e profond de 45 m, le lac de Thibériade occupe une superficie de 160 km2. Des sources souterraines partiellement salées y déversent 230 millions de m3/an. Mais l’évaporation est intense, les eaux se chargent de sel et au sortir du lac, le « naturel » ne dépasse pas 500 millions de m3. Puis le Jourdain se dirige vers la Mer morte (à moins 410 mètres) à travers  une vallée encaissée. Au cours de ce trajet (320 kilomètres de méandres pour un tracé de 109 km à vol d’oiseau), le Jourdain reçoit des affluents de rive droite venant de Palestine mais surtout de rive gauche. Parmi eux, à 7 km au sud du lac de Thibériade, le Yarmouk, originaire de Syrie, a un débit abondant (500 millions de m3 annuels) et précieux car constitué d’eaux très peu salées. Les apports des sources et des oueds de rive gauche descendus de Jordanie sont de l’ordre de 600 millions de m3 : parmi eux l’oued Zarka (100 millions de m3) est le plus important. Au total, compte non tenu des prélèvements, le débit « naturel » à son arrivée dans la mer Morte serait de 1 450 millions de m3 (certains auteurs avancent 1 850 !) En réalité en raison de l’importance des prélèvements opérés en amont, le Jourdain, en étiage permanent, n’est qu’un mince filet d’eau aisément franchissable. Ainsi, au sortir du lac de Thibériade, le débit « naturel » du fleuve est estimé à 500 millions de m3/an ; il n’est en réalité que de 70 ! En aval, les faibles apports du Jourdain ne compensent plus l’évaporation et le niveau de la mer Morte baisse (7 mètres entre 1955 et 1980).

Le plan Johnson (1954).

en hm3 Liban Syrie Jordanie Israël Total
Hasbani 35 35
Banias 20 20
Jourdain 22 100 375 497
Yarmouk 90 377 25 492
Ghor 243 243
Total 35 132 720 400 1287
% 2.70 10.25 56 31.05 100

Répartition des eaux du Jourdain et de ses affluents selon le plan Johnson.

en millions de m3 Potentiel Prélèvements totaux Israël et colonies Palestiniens
Nappe de Cisjordanie
  • aquifère occidental
350 350 330 20
  • aquifère nord oriental
130 130 110 20
  • aquifère oriental
200* 110 30 80

Le problème de l’eau au Moyen-Orient n’est ni un mythe, ni un phénomène nouveau ; il est bien réel et cette préoccupation a toujours existé. En revanche, l’accroissement démographique, l’urbanisation croissant et les conséquences “sismiques” de l’implantation de l’Etat d’Israël ont donné à cet élément naturel vital une forme d’instrument politique aussi bien intérieure qu’extérieure de premier ordre, bien que souvent peu avoué. La solution de ce problème structurel ne peut s’imaginer que sous la forme d’une coopération régionale. Il est cependant bien utopique de penser cette coopération dans le contexte conflictuel actuel. Pourtant, l’Europe traumatisée d’après-guerre a réussi une coopération régionale sur des matières premières avec la CECA. Peut-on imaginer une comparaison de cette réussite historique avec le Moyen-Orient et le problème de l’eau ? C’est peut-être à ce niveau que l’Europe et les Etats-Unis ont un rôle à jouer en offrant les possibilités de mise en œuvre des mécanismes de coopération. Le besoin de paix au Moyen-Orient est une question d’ordre international tant cette région est et restera pour longtemps le cœur énergétique et donc stratégique de la planète.



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