L’évolution de la crise financière dans le monde entier

L’évolution de la crise financière – Chapitre 2: 
Section1 : le déclanchement et la propagation de la crise financière dans le monde entier
A.    Le déclanchement de la crise
La crise financière trouve sa source au début des années 2002 – 2005 aux États-Unis lorsque, pour lutter contre la récession générée par l’éclatement de la crise internet du choc du 11 septembre 2001 et des scandales de gouvernance de type Enron, les taux d’intérêt américains ont été ramenés à des niveaux très bas, générant une abondance de liquidité et des primes de risque très faibles. Au même moment, l’administration américaine donne un nouvel élan à une politique déjà active favorisant l’accès à la propriété immobilière de tous les américains.

Accompagnant ce mouvement et profitant du retrait momentané des deux grandes agences fédérales Fannie Mae et Freddie Mac, en proie à des difficultés financières, les banques et les intermédiaires financiers se sont engagés dans une distribution agressive de prêts hypothécaires immobiliers à taux variable aux ménages américains, quel que soit leur niveau de revenus. Octroyés sur la valeur estimée des biens et non sur la capacité de remboursement, nombre de ménages sont ainsi devenus propriétaires sans en avoir les moyens.

Graphique 3  – Emissions annuelles de prêts hypothécaires aux ménages américains en milliards de dollars (Source : Inside Mortgage Finance)

La croissance des prêts immobiliers et la concurrence entre banques ont dopé le mécanisme de désintermédiation « Originate to Distribute » (OTD) auquel les banques recouraient déjà depuis de nombreuses années pour se départir de leurs risques et maintenir un haut niveau de rendement de leurs fonds propres. Les banques ont ainsi cédé des portefeuilles de créances à des investisseurs spécialisés qui les transformaient par techniques de titrisation en nouveaux produits structurés (Residential Mortgage Backed Securities – RMBS).

En 2006, les crédits de « subprimere » présentaient 40 % des nouveaux crédits hypothécaires ( ). Les ménages qui en avaient les moyens avaient, eux, déjà abondamment profité de la longue période de taux d’intérêt bas pour acheter ou pour s’agrandir. Résultat : au moment où les taux d’intérêt ont commencé à remonter, c’est donc une clientèle moins solvable qui va être courtisée par le business du crédit immobilier pour continuer de faire des affaires. Et tous les moyens sont bons pour la séduire: des formules de prêt de plus en plus exotiques se développent. Toutes ont en commun de prévoir des remboursements faibles dans les premières années, suivis au cours des années ultérieures d’un alourdissement parfois considérable de la charge de la dette. Comment des établissements de crédit ont-ils pu prêter à des ménages aussi fragiles dans des conditions aussi hasardeuses ? La réponse réside dans un système qui allie l’absence de règles protectrices pour les emprunteurs à une extrême sophistication du traitement du risque du côté des prêteurs.

Sur le moment, tout le monde y trouvait son compte : les ménages emprunteurs, souvent inconscients des conditions réelles de remboursement de leur prêt, trouvaient là l’occasion d’accéder à la sacro-sainte propriété ; les courtiers empochaient leurs commissions sur les contrats commercialisés ; les établissements financiers pouvaient sortir ces créances quelque peu douteuses de leur bilan en les transformant en titres vendus sur les marchés financiers, les Mortgage Backed Securities (MBS), c’est ce qu’on appelle la « titrisation ( ) » des créances ; enfin, les investisseurs achetaient ces titres offrant une très confortable rémunération. En effet, pour compenser la mauvaise qualité des créances sur lesquelles ils étaient adossés, ces titres offraient des taux d’intérêt nettement supérieurs au standard du marché.

Mais dès la fin de l’année 2006, il est apparu qu’un nombre croissant de ménages ne pouvait faire face à leurs remboursements. Les taux de défaut sur les prêts subprime commencèrent à augmenter dans des proportions inquiétantes. Après les ménages, forcés de vendre leur maison sur un marché immobilier désormais complètement déprimé, ce fut au tour des établissements spécialisés qui leur avaient prêté d’être touchés. Les premières faillites de prêteurs firent la une de l’actualité américaine au premier trimestre d’année 2007. En quelques mois, une vingtaine d’établissements ont dû ainsi mettre la clé sous la porte. Mais ils n’étaient heureusement pas de taille à déstabiliser les grandes banques. Après tout, le total des prêts subprime ne représentait que 13 % du total des prêts hypothécaires. Les déboires des emprunteurs semblaient pouvoir être absorbés sans trop de remous. D’autant que le risque de défaut sur les titres émis par ces établissements de crédits était distribué entre une multitude d’investisseurs. C’est l’avantage des opérations de titrisation : tout le monde détient un peu de risque, mais aucun grand établissement n’en porte suffisamment pour flancher. La suite des événements a cependant montré que cette large répartition des risques peut aussi conduire à aggraver la panique quand le marché ne sait plus les situer ni les quantifier.

B.    Comment elle s’est étendue au monde entier
Au cours de  l’été 2007, la crise de  subprime a pris en effet une nouvelle dimension. Les dégâts se sont étendus aux investisseurs dont le portefeuille se révélait un peu trop chargé de titres adossés à des crédits subprime. Fin juillet, deux fonds spéculatifs, des hedgefunds de la grande banque d’investissements américaine Bear Stern, en ont fait les frais les premiers. Il faut dire que les hedgefunds, toujours à la recherche de rendements élevés, étaient particulièrement friands de ces titres. Quand la contre-performance des subprimes s’est amplifiée, certains déposants ont demandé à retirer leurs fonds et des créanciers ont refusé de reconduire leurs crédits. Les fonds de Bear Stern n’ont pu alors faire face et ont fait défaut.

La crise n’a pas tardé à traverser l’océan. Bien qu’il n’y ait pas en Europe d’équivalent au marché subprime américain, ni de titrisation des prêts hypothécaires d’une telle ampleur, les banques ou des organismes de placement européens s’étaient amplement fournis en titres adossés à du subprime auprès des banques américaines. C’est ce qui a placé en particulier la banque allemande IKB, spécialisée dans le crédit aux petites et moyennes entreprises, au bord du gouffre. A tel pointque Jochen Sanio, à la tête du régulateur boursier allemand, la BaFin, a estimé que son pays était « menacé de la plus grave crise financière depuis 1931 ». Sous l’égide des pouvoirs publics, un consortium de banques allemandes a dû voler au secours de l’aventureuse IKB.

En France, plusieurs gestionnaires de fonds ont aussi été touchés, tels AXA IM ou Oddo. Si le poison du subprime a pu se diffuser à ce point dans les vaisseaux du système financier, c’est qu’il était encapsulé non seulement dans les Mortgage Backed Securities, mais aussi dans beaucoup d’autres titres. En particulier dans les désormais fameux CDO , Collateralised Debt Obligations. Ils illustrent l’inventivité sans limite des financiers, agglomérant toutes sortes de titres représentatifs de créances – crédit à la consommation, aux entreprises, mais aussi crédit hypothécaire subprime – combinés avec des dérivés de crédit, censés fournir une assurance contre le risque de défaut. Le résultat est un produit dit « structuré », un feuilleté dont chaque couche présente un niveau de risque différent. Il y en a pour tous les goûts : les investisseurs prudents peuvent acheter les tranches les plus sûres, normalement prémunies contre la défaillance des emprunteurs, tandis que les hedgefunds, plus aventureux, prennent les tranches les plus risquées, exposées aux premières pertes, mais encore plus grassement rémunérées. Les CDO ont connu un véritable engouement de la part des investisseurs. Depuis 2001, l’encours de ces titres a doublé en moyenne chaque année.

Les agences de notation ont une grosse part de responsabilité dans cette vogue, car elles ont accordé d’excellentes notations à ces produits. Au point que la Commission européenne a lancé une enquête à propos de leur rôle dans la crise. Un CDO peut fort bien contenir des titres adossés à du subprime tout en étant noté d’un « triple A » (la meilleure note) sur ses tranches les moins risquées, à l’égal des bons du Trésor émis par les Etats souverains (des titres de dette considérés comme les moins risqués). C’est ce qui a permis à des investisseurs soumis à des règles de prudence très strictes comme les fonds de pension d’en détenir dans leur portefeuille. Mais l’opacité de ces produits est à la mesure de leur sophistication. Et dès lors que la présence de subprime dans leur composition a été suspectée, la défiance s’est étendue a tous les CDO, et plus largement a quasiment tous les titres de dettes.

Les taux d’épargne élevés des économies en Asie et dans les pays excédentaires en pétrole ont financé des taux élevés de consommation aux Etats-Unis et dans certains autres pays industrialisés. Quand la confiance mondiale dans des institutions financières surendettées et dans les structures d’actifs compliquées a commencé à se dissiper en 2008, ces déséquilibres se sont manifestés.

Dans une économie mondiale hautement intégrée sans réglementation adéquate, une défaillance dans une partie du système entraine d’énormes répercussions ailleurs, comme nous le constatons aujourd’hui.
Le présent mémoire, dans une première partie, essayera, après avoir synthétisé la chronologie de cette crise, de recenser et d’expliquer les principales causes et les conséquences des dysfonctionnements  et, dans une deuxième partie, analysera les mesures prises ou à prendre pour que soient mieux connus et mieux maitrisés les risques du système bancaire et financier mondial.
Partie1: les causes de la crise financière
LA CRISE FINANCIÈRE INTERNATIONALE: MENACES ET CONTRAINTES

La crise financière intérnationale: menaces et contraintes

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  • – Ricol René ;Rapport sur la crise financière au Président de la République ; septembre 2008 ; p.25- p.26
  • – Ricol René ;Rapport sur la crise financière au Président de la République ; septembre 2008 ; p.25 http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/084000587/index.shtml
  • – Crédits hypothécaires : crédits accordés à des particuliers pour l’achat d’un bien immobilier associés à une hypothèque sur ce bien. En cas de non remboursement, la banque peut saisir le bien sans avoir besoin d’engager des démarches judiciaires complexes.
  • – Titrisation : voir page 19.
  • – Ricol René; Rapport sur la crise financière au Président de la République; septembre 2008; p.26 http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/084000587/index.shtml
  • – Mémoire publier par lycée Charle Gide ; la crise financière ; édition janvier 2009.p : 7 http://www.lyc-gide-uzes.ac-montpellier.fr/Pedagogie/Ses/subprimes3.pdf
  • – CDO: (Collateralized Debt Obligation) ; Titre de dettes fondé sur plusieurs actifs financiers de nature diverse. Les CDO regroupent, pour une émission de 1 à 2 milliards de dollars, différents actifs (120 à 250). Cette émission est découpée en 3 tranches en fonction du risque accepté par les investisseurs : la tranche plus risquée achetée par les hedge funds, la tranche mezzanine à destination de gérants d’actifs ou des investisseurs pour compte propre et enfin la tranche généralement notée AAA achetée par les assureurs monoline.
  • – Mme Bourven Monique et M. Zehr Yves LA CRISE BANCAIRE ET LA RÉGULATION FINANCIÈRE ; édition ; 2009 AVIS ET RAPPORTS DU CONSEIL ÉCONOMIQUE, SOCIALET ENVIRONNEMENTAL www.conseil-economique-et-social.fr/rapport/…/09030606.PDF
  • – Mémoire publier par lycée Charle Gide ; la crise financière ; édition janvier 2009.p : 7 http://www.lyc-gide-uzes.ac-montpellier.fr/Pedagogie/Ses/subprimes3.pdf


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