Les moteurs de la NE: les technologies d’information et de communication

Technologies d’information et de communication: [ La dernière vague d’innovations technologiques connues sous le nom de technologies de l’information et de la communication (TIC) est née, au début des années 90, de la fusion progressive de champs technologiques jusque-là distincts : informatique, audiovisuel et téléphonie. Ces technologies ]
Économie du savoir
Première partie: La nouvelle économie
Chapitre II: Les moteurs de la NE
Section1 : Les technologies d’information et de communication
1) Définition :
[…] permettent à des personnes interconnectées en réseau d’envoyer, de recevoir ou d’échanger, à partir de téléphones ou de micro-ordinateurs, des « paquets » de données visuelles, sonores ou écrites.

En effet, les technologies d’information et de communication constituent l’une de ces vagues technologiques fondamentales qui ponctuent l’histoire du capitalisme et que les historiens qualifient de révolutions industrielles. La première révolution industrielle est née en Grande Bretagne avec la sidérurgie, la machine à tisser et la machine à vapeur. La deuxième révolution industrielle est associée à l’expansion de l’électricité, du moteur à combustion et de l’industrie chimique.

Les TIC s’inscriraient ainsi dans une troisième révolution industrielle. Cette vague technologique est loin d’être achevée et embrassera demain l’ensemble du champ des sciences de la vie. L’origine de cette mutation technologique remonte au second conflit mondial, avec la découverte de l’ordinateur et de l’informatique, résultant de la recherche de fortes capacités de calculs par les Anglais pour déchiffrer les messages secrets allemands et par les Américains pour concevoir la bombe atomique. Ce que nous vivons aujourd’hui avec Internet

et les TIC constituent la deuxième étape de cette révolution technologique. La troisième étape, quant à elle, a déjà débuté : c’est celle des bases de données qui capitalisent des connaissances, qui constitue un enjeu économique considérable.

2) Ampleur des TIC dans la nouvelle économie :

Les TIC agissent sur l’ensemble de l’économie et de la société. Les précédentes révolutions industrielles avaient profondément modifié l’agriculture d’abord, puis l’industrie manufacturière. Tout comme le chemin de fer au XIXe siècle et l’automible au XXe siècle, la communication de masse des TIC transformera notre civilisation, au XIXe siècle, grâce au réseau universel et à la technologie numérique. Une société émerge, dans laquelle l’information et les connaissances acquièrent une place stratégique. Les TIC sont déjà actives et se diffusent dans tout le tissu économique et social. Très peu de secteurs y échappent, et pour cause : l’information est le premier ingrédient de l’activité productive et de la vie sociale.
Les TIC affectent les secteurs traditionnels de l’économie par deux séries d’effets contradictoires : un effet de « cannibalisation », aboutissant à la destruction de pans entiers d’activités (impact négatif d’Internet sur le courrier postal ou sur certaines formes de commerce), et un effet de « pollinisation », qui permet de dynamiser les entreprises en suscitant de nouvelles méthodes d’organisation, notamment les systèmes intranet ou extranet, comme source d’interactivité et de créativité des salariés.

Non seulement les TIC facilitent et accélèrent la transmission des informations et des connaissances, mais elles bouleversent également les modalités d’élaboration du savoir scientifique et technique. Dans les sciences du vivant, la numérisation se prête à une codification extrêmement détaillée, ouvrant la voie à des recherches jusqu’ici impossibles à réaliser. De même, la numérisation facilitée des rapprochements et des combinaisons nouvelles, permettant d’obtenir la modularité –des objets, des méthodes, des organisations-, qui est la voie royale pour créer toujours plus de variété dans l’offre des biens et des services.

D’une manière générale, l’économie fondée sur la connaissance a trouvé une base technologique appropriée pour développer. Il y a désormais un processus de consolidation mutuelle entre l’essor des activités intensives dans l’utilisation des connaissances, d’une part, la production et la diffusion des TIC, d’autre part. Ces dernières produisent trois effets sur l’économie:

Elles permettent de gagner en efficacité, en particulier dans le domaine du traitement, du stockage et de l’échange  d’informations ;

Elles favorisent la formation et la croissance de nouvelles industries (multimédia, logiciel, commerce électronique) ;

Elles poussent à l’adoption de modèles organisationnels originaux visant à mieux exploiter les nouvelles possibilités de production et de distribution de l’information.

3) Relation TIC et Croissance :

Afin d’évaluer l’impact des TIC sur la croissance économique, nous allons nous focaliser sur le lien supposé entre les technologies de l’information et les gains de productivité. Contrairement à une idée reçue tenace, la diffusion des TIC dans les entreprises et les administrations n’a pas eu un  impact significatif sur la productivité du travail, à l’exception notable de la période 1992-2001. C’est ainsi que les TIC, s’ils contribuent à la croissance, sont loin d’en être l’un des ressors essentiels sur longue période. En effet, la

croissance des gains de productivité, qui détermine en quelque sorte la croissance de l’économie, a été plus élevée entre 1960 et 1973 qu’entre 1973 et 1993, et ce dans les pays les plus avancés, malgré la diffusion massive des TIC sur la seconde période. D’où le paradoxe relevé par l’économiste américain Robert Solow en 1987 selon lequel les ordinateurs sont partout sauf dans les statistiques.

En revanche, depuis le milieu des années 1990, les choses ont bien changé. En effet, selon des évaluations de l’OCDE, les TIC expliqueraient plus de 1% de la croissance du PIB américain en 1999, ce qui représenterait une contribution très significative.
Par ailleurs, la période 1992-2001 a effectivement été caractérisée par une accélération très substantielle des gains de productivité au grand bénéfice de l’économie américain. Cette décennie, 90, semble ainsi avoir échappé au paradoxe de la productivité, pourtant pertinent au cours des deux décennies précédentes.

Cependant, l’articulation entre le développement des TIC et cette période de croissance longue sans inflation aux Etats-Unis qui caractérise les années 1990 fait encore aujourd’hui l’objet de polémique au sein de la communié des économistes. En effet, selon Daniel Cohen, la croissance des années 1990 se serait en partie caractérisée par un nouveau paradigme fondé sur les TIC selon lequel la production présente une structure de coûts atypique où l’essentiel se situe dans les phases de conception et de mise en place du produit, entraînant par conséquent un phénomène d’économies d’échelle formidable. Cependant, cette forte croissance américaine s’expliquerait peut être surtout, selon des économistes, par la baisse du prix des matières premières et une politique monétaire très intelligente, c’est-à-dire par des facteurs macroéconomiques classiques assez éloignés des technologies de l’information et de la communication.

En revanche, pour Paul Romer, spécialiste de la « théorie de la croissance endogène » , les TIC ont joué un rôle crucial dans cette formidable phase d’expansion.

Pour cet économiste, la création d’information et de connaissances nouvelles est un processus endogène, c’est-à-dire dépendant du comportement des agents économiques, qui a une influence significative sur la création de richesse. A l’évidence, la production et la communication d’information sont favorisées par Internet et les TIC. Les technologies de l’information, en favorisant l’accumulation et la diffusion d’informations et de connaissances, auraient ainsi grandement contribué à la croissance des années 1990.
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Paul Romer, Endogenous Technological Change, Journal of Political Economy, Octobre 1990



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