La mondialisation et l'économie du savoir

Le processus de mondialisation n’est pas nouveau ; c’est un mouvement séculaire que les historiens font remonter au XVIe siècle, au moment du « décollage » économique de l’Europe et de l’intensification des échanges de cette époque, le monde arabe et la Chine. Mais, pour beaucoup […]
Économie du savoir
Première partie: La nouvelle économie
Chapitre II: Les moteurs de la NE
Section 2 : Mondialisation

1) Contexte :
[…] d’économistes, le premier grand épisode de mondialisation économique et financière se situe au XIXe siècle où l’on constate une intensification des échanges internationaux de marchandises et de capitaux entre l’Europe et le « nouveau Monde » des Amériques. Il s’agit d’un processus d’expansion de l’ « économie-monde » , selon l’expression de l’historien Fernand Braudel, comparable à bien des égards de mondialisation ont été interrompu par les deux conflits mondiaux, et par les difficultés économiques et financières de l’entre-deux-guerres, notamment l’hyperinflation allemande de 1923-1924 et la grande dépression des années 1930.

Le fractionnement de l’économie-monde se poursuit dans l’après guerre pour deux séries de raisons. D’une part, la guerre froide coupe la planète en deux blocs. D’autre part, pendant les trente glorieuses (1945-1975), l’économie et la finance sont organisées sur des bases nationales, avec un interventionnisme accru des Etats ; c’est la période du « fordisme ».

On peut considérer que la phase contemporaine de la mondialisation ne serait que la reprise du processus interrompu par la guerre de 1914-1918, avec l’unité retrouvée d’un marché mondial global et triomphe planétaire de l’économie capitaliste, qui s’impose à tous, comme avant 1914. Le retour en force de la doctrine libérale est lié à la crise dont souffrent les principales économies capitalistes au cours des années 1970, avec une stagnation de la croissance économique et une accélération de l’inflation amplifiée par les chocs pétroliers de 1973 et 1979. L’économie mondiale plonge alors dans l’instabilité avec l’effondrement du système monétaire international, instauré au lendemain de la guerre à Bretton Woods (1944), et la généralisation du flottement des monnaies à partir de 1973. Par ailleurs, et surtout, les entreprises subissent une baisse spectaculaire de leur taux de profit depuis le milieu des années 1960. Les créanciers et les détenteurs du capital financier voient leur richesse érodée par la baisse des profits et par l’inflation.

Les milieux industriels et financiers font alors pression sur les gouvernements pour qu’ils changent de politique économique et suppriment les obstacles à une restructuration salvatrice du capitalisme. C’est ainsi que, dès le début des années 1980, fut mise en œuvre ce que l’on a appelé la « révolution conservatrice » , sous l’impulsion du président américain Ronald Reagan et du premier ministre britannique Margaret Thatcher. Ce nouveau dogme idéologique repose sur l’idée que les Etats ne sont plus en mesure de gérer l’économie et qu’il faut, pour dynamiser ladite économie, donner toute latitude à l’initiative individuelle et à l’esprit d’entreprise. Selon cette conception, les réglementations sont jugées néfastes ou inapplicables : seul un marché financier libéré et développé peut permettre la reprise de l’investissement et de la croissance.

En donnant aux actionnaires une suprématie sur les managers dans les entreprises, le développement des marchés de capitaux doit accroître l’efficacité de l’appareil productif. L’ensemble de ces transformations doit conduire à une amélioration du bien-être général dans l’économie mondiale.

Ces idées constituent la base de la doctrine « néolibérale », ainsi dénommée car elle se situe dans le prolongement du libéralisme classique. La doctrine néolibérale tire son attrait et sa force du fait qu’elle se place sous la bannière de la liberté, elle-même menacée par un monstre, l’Etat-providence.

En fait, le succès de néolibéralisme est avant tout la conséquence d’un double effondrement : d’une part, la crise du capitalisme de l’après guerre, qui remet en question le rôle de l’Etat et des politiques publiques ; d’autre part, l’écroulement des oppositions organisées, qu’il s’agisse du syndicalisme ou du marxisme, qui a perdu son influence après la destruction du mur de Berlin, en 1989. Une caractéristique essentielle de la vision du monde véhiculée par le libéralisme est sa prétention à l’université. La doctrine néolibérale va servir de fondement au consensus de Washington, sorte de table des lois éditées par le G7, club des sept principaux pays industrialisés qui prétend être le directoire de l’économie moniale. L’idée centrale de ce consensus, défini au début des années 1990, est que le mieux-être des peuples passe par l’ouverture des frontières, la libéralisation du commerce et de la finance, la déréglementation et les privatisations, le recul des dépenses publiques et des impôts au profit des activités privées, la primauté des investissements internationaux et des marchés financiers ; en somme, le déclin du politique et de l’Etat au profit des intérêts privés.

Dés la fin des années 1970, les Etats-Unis et la Grande Bretagne, rapidement suivis par les autres pays industriels, mettent en œuvre des politiques de réforme dont l’axe principal est la libéralisation et la déréglementation. Ces politiques s’appliquent particulièrement à deux domaines clés : le marché du travail et le système financier.

2) Une économie mondialisée :

La technologie, les capitaux, les marchandises et les services franchissent les  frontières avec une facilité sans précédent. Avec la dématérialisation des produits et les TIC, les coûts de transport sont considérablement réduits. Les distances géographiques ne s’opposent pratiquement plus à l’ « ubiquité » des produits : on passe du territoire au cyberspace. Le nouveau paradigme technologique conduit ainsi à la mondialisation économique décrite par les statistiques : pour les seuls produits manufacturés, le rapport des échanges internationaux à la production mondiale, qui était de 15% en 1973 et de 22% en 1990 selon les données de CEPII (base Chelem), se situe aux environs de 30% en 2000. Dans certaines branches, comme l’électronique, ce taux atteint d’ores et déjà 50%, ce qui signifie que la moitié de la production mondiale de biens électroniques fait l’objet d’un échange international. Ces échanges sont effectués, pour les trois cinquièmes, entre pays industrialisés et sont principalement le fait des firmes multinationales. Plus de la moitié des échanges sont des échanges croisés de produits similaires ou échanges interbranches.

Certes, il subsiste des obstacles à la mondialisation, tels les réglementations ou les droits de douane nationaux, mais ceux-ci sont souvent contournés par les entreprises, qui délocalisent des sites industriels vers l’étranger. Dans ce nouveau contexte, rares sont les produits qui ont une « nationalité » déterminée. Ceux-ci sont en effet le plus souvent l’assemblage de composants fabriqués en divers lieux. Le capital intellectuel, qui constitue le principal ingrédient des produits à forte valeur ajoutée, peut provenir de partout et être

incorporé instantanément. Ainsi, la vente d’une voiture par une entreprise française est une transaction internationale qui met en jeu un travail de conception réalisé en France, mais également un travail de montage effectué en Espagne, des brevets payés à des universités américaines, des services financiers versés à une banque britannique, etc. La majeure partie du commerce international porte désormais sur des échanges de ce type, effectués entre les filiales de groupes industriels multinationaux organisées en réseaux à travers le monde. Avec la diffusion mondiale des hautes technologies et le faible coût de la main-d’œuvre dans le tiers
monde, l’économie mondiale tend à se transformer en un réseau d’entreprises multinationales dont les dirigeants et les ingénieurs résident dans les pays industrialisés, tandis que l’activité de production proprement dite est de plus en plus localisée dans les pays à bas salaires. La décision spectaculaire, annoncée en juin 2001, du groupe français de télécommunications Alcatel de céder la plupart de ces quelques cent vingt sites de production industriels à travers le monde à des sous-traitants s’inscrit dans cette logique d’entreprises «  sans usines », qui se recentrent sur les activités (à haute valeur ajoutée) de conception, de marketing et de vente.

3) Globalisation financière :
S’il est un domaine où le capitalisme a pu s’affranchir totalement des contraintes et des pesanteurs du temps et de l’espace, c’est bien celui de la finance. Cette mobilité du capital sous sa forme monétaire n’est pas un phénomène nouveau. Dés le Moyen Age, on l’a vu, la lettre de change permettait de réaliser des transferts de fonds importants par simple jeu d’écriture. Accompagnant l’expansion internationale des échanges, le crédit pouvait n’être à l’origine qu’un simple report dans le temps et l’espace du règlement des transactions commerciales. Très vite, cependant, la fonction financière est devenue autonome par rapport à la sphère marchande. Pour l’élite des banquiers européens du Moyen Age comme de la Renaissance, les besoins de financement des Etats offraient en effet des opportunités de profit autrement plus attrayantes que le financement des activités courantes. De même, le majeur parti des mouvements financiers internationaux à la veille de la première guerre mondiale consistait en souscription d’emprunts à long terme émis par les Etats des pays tentant de s’industrialiser.

L’essor de la finance internationale après 1945 présente de ce point de vue des caractéristiques particulières. La multiplication des défauts de paiement et des cas de répudiation de dettes de la part de débiteurs souverains entre les deux guerres, de la Russie à l’Amérique latine, a encouragé la mise en place d’un système de financement multilatéral public, géré par les institutions de Bretton Woods.

L’essor spectaculaire des marchés financiers a été facilité par l’utilisation des TIC et de nouveaux outils tels que les ordinateurs, les réseaux  et les logiciels. Ces puissants instruments de calcul et de transmission de l’information sont en mesure de traiter en temps réel des millions d’opérations, d’évaluer à chaque instant les prix et de transmettre immédiatement ces informations à l’ensemble de la planète. Réciproquement, les TIC n’auraient pu se développer aussi vite sans les facilités exceptionnelles apportées par la finance de marché. Innovations financières et innovations technologiques se sont en quelques sortes nourries mutuellement.

En abolissant les frontières nationales, la libération financière a créé les conditions d’une circulation des capitaux sans entrave, à l’échelle internationale. Les TIC ont amplifié cette évolution en permettant aux capitaux de se déplacer à la vitesse de la lumière à travers la planète. La libéralisation financière et les TIC ont aboli les dimensions spatio-temporelles : les capitaux circulent instantanément et en tous lieux. C’est le triomphe de l’économie virtuelle à grande vitesse.

Quant à la finance de marché, elle a constitué un adjuvant décisif au développement des TIC. De nouveaux instruments financiers ont été créés pour inciter à prendre des risques dans des secteurs innovants. Ainsi des fameuses stock-options forme de rémunération indexée sur les profits et la valeur future de l’entreprise : l’efflorescence des start-up, à l’origine de nombreuses innovations technologiques, se nourrit de l’espérance de plus-values financières. Une fois les start-up lancées, il est essentiel que les « capitaux-risqueurs » puissent retrouver leurs fonts : l’introduction en bourse et la fusion acquisition constituent les deux issues possibles. Il existe donc un lieu étroit entre la finance de marché et le développement de lieux tels que la Silicon Valley aux Etats-Unis ou Silicon Sentier en France.

Ainsi, la finance de marché, étroitement liée aux nouvelles technologies, est devenue un rouage central du capitalisme contemporain avec ses effets positifs, mais également négatifs. Elle tend à accentuer les deux maux du capitalisme, c’est-à-dire son caractère inégalitaire et instable. En effet, du côté des inégalités, le processus de globalisation financière, dont l’accélération résultant largement d’un choix politique de la part des pays riches, profite d’abord à ces pays et aux détenteurs du capital financier. Du côté de l’instabilité, la crise du nouveau capitalisme du début des années 2000 est étroitement liée aux dysfonctionnements et à l’instabilité fondamentale de la finance de marché.
_________________________________
1 Jean-Jacques Rousseau, Encyclopédie de Diderot et D’Alembert, “Économie politique
2 Hugo Von Hofmannsthal «  les Lettres comme espace spirituel de la nation », Konservative Revolution, 1927
3 Bretton Woods sont des accords économiques ayant dessiné les grandes lignes du système financier international après la Seconde Guerre mondiale, Ils furent signés le 22 juillet 1944 à Bretton Woods aux États-Unis après trois semaines de débats entre 730 délégués représentant l’ensemble des 44 nations alliées. Un observateur soviétique était également présent.



Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *