Les risques à maîtriser du libre échange

La compétitivité des entreprises marocaines face aux défis de libre-échange
CHAPITRE III : Compétitivité et productivité des secteurs clés face aux défis de libre – échange
Section  V :  Les  avantages, et les  risques à maîtriser du libre- échange

2- Les risques à maîtriser du libre échange
Comme tout accord commercial, l’Accord entre le Maroc les EUA comporte un ensemble de risques qu’il nous fallait connaître, évaluer et maîtriser.

Nous partions avec des relations économiques fortement déséquilibrées entre les deux pays: un rapport de population de 1 à 10, un PIB 235 fois plus élevées, des rangs incomparables dans les échanges internationaux, etc. De plus, les Américains possèdent une connaissance pointue des réalités et réglementations marocaines, alors que notre connaissance des américains est fragmentaire. C’est un accord entre une grande puissance et un pays avec un tissu économique naissant. la réglementation américaine est draconienne et constitue une véritable entrave aux échanges. La réglementation aux EUA en matière d’importation est complexe. Elle est à l’origine de nombreux échecs des exportateurs marocains. Les exportations marocaines aux EUA sont encore timides, fluctuantes et concentrées. Les difficultés se résument dans l’effet de dimension du marché, la méconnaissance des circuits de distribution, le non recours à des instruments appropriés (sociétés de négoces, partenariat, lobbying, etc.)

Concernant le volet agriculture, au départ des négociations, s’il a été attendu que l’ouverture du marché bénéficie à des secteurs tels celui des fruits et légumes, il peut entraîner des transformations profondes dans les pratiques agropastorales au Maroc qui sera alors en présence d’une recrudescence de la pression sur les ressources naturelles (accélération de la déforestation, demande accrue en eau, perte des sols arables, etc.).

Le monde rural, de par sa nature, est plus vulnérable aux changements dans les systèmes de production / consommation qu’entraîne la libéralisation des échanges. Le tissu social rural sera sujet à des transformations dont l’amplitude est difficile à évaluer préalablement et dont la gravité des conséquences sont à craindre. L’exode massif, l’abandon des terres, la pression sur la ville et l’urbanisation anarchique, l’accentuation des disparités sociales, etc. sont autant de facteurs d’insécurité et d’instabilité politique. Un encadrement et un accompagnement sont nécessaires au monde rural marocain pour qu’il puisse réussir le passage vers le marché libre et pour qu’il puisse profiter des opportunités offertes par l’accord avec les EUA.

De plus, les normes et standards des EUA en relation avec les mesures sanitaires et phytosanitaires sont très élevés par rapport à ceux du Maroc. Le respect des prescriptions environnementales des EUA peut entraîner une lourde charge pour les exportateurs (exemple des emballages recyclable, de l’élimination du bromure de méthyle, etc.). Ce sont autant de barrières non tarifaires qui se dresseront sur le chemin des exportateurs marocains.

D’autres effets négatifs de l’accord sont à craindre : l’entreprise marocaine encourt des risques réels. Les entreprises nationales qui ne se mettront pas à niveau seront non compétitives et finiront logiquement par disparaître. Les recettes budgétaires de l’Etat seront amoindries dans les premières phases de l’Accord par la suppression des droits de douanes.

Les failles de la législation marocaine, spécialement environnementales, risquent d’être exploitées par les entreprises américaines. Les impacts de tels accords sur des domaines aussi divers que l’environnement, l’urbanisme, le social, etc. sont difficiles à prévoir et dépendent d’une multitude de facteurs qui exigent un suivi rigoureux et des moyens conséquents avec l’accord d’association avec l’Union Européenne et l’accord de libre échange avec les Etats-Unis d’Amérique, le Maroc entre de plein pied dans le marché mondial. Les efforts d’aujourd’hui sont des investissements pour l’avenir, c’est l’unique voie pour immuniser notre économie contre les aléas de la mondialisation. Les réformes à entreprendre, les mises à niveau à effectuer et, peut-être, les sacrifices à faire sont les garanties du développement de notre pays et les assurances pour un avenir meilleur. L’évolution rapide vers le libre-échange, si des politiques adaptées ne sont pas mises en place, pourrait aussi avoir des impacts très élevés et en partie irréversibles sur la qualité de l’environnement, alors que celle-ci est une clef du développement (importance économique des ressources naturelles, du littoral, du patrimoine culturel et du cadre de vie) et que sa dégradation représente déjà des coûts économiques et sociaux considérables.

L’évolution vers un libre-échange durable suppose une évaluation des atouts mais aussi des impacts négatifs possibles pour réussir à les minimiser par des mesures préventives. Il suppose aussi une mobilisation large  des acteurs, et notamment ceux de la société civile (ONG, entreprises, élus locaux …), pour utiliser les opportunités offertes par le libre-échange et faire réussir le partenariat. Il demande enfin une capacité à apporter les améliorations permanentes nécessaires à un processus complexe de coopération dans un monde confronté à des changements très rapides.

Conscient de ces faits, il s’agissait pour le Maroc de rechercher, à travers cet Accord, le point d’équilibre le plus proche possible des intérêts du pays en visant à la fois l’encouragement des échanges commerciaux et la protection de notre environnement. Il fallait donc veiller à ce que les échanges commerciaux et l’investissement américain qui seront favorisés par cet accord présentent le moins de dégâts possibles pour notre milieu naturel et ne nuisent pas à nos ressources naturelles. D’un autre côté, il fallait s’assurer que nos exportations soient capables de satisfaire aux normes et réglementations environnementales américaines, reconnues pour être sévères et complexes.

Sur un autre volet, le Maroc cherchait à bénéficier de la coopération Américaine pour le renforcement de nos capacités et pour notre mise à niveau environnemental. Dans ce cadre, et s’inspirant des accords conclus entre les Etats-Unis et d’autres pays, le Maroc, au départ des négociations, formulait des attentes claires et argumentées résumées comme suit:
•    La rédaction d’un chapitre consacré exclusivement à l’environnement
•    La prise en compte des préoccupations environnementales dans les
•    autres secteurs, celui des services en particulier.
•    L’élaboration d’un “Side Agreement” définissant le cadre de
•    coopération facilitant la mise en oeuvre de l’accord et la mise à

•    niveau marocain.
•    La mise en place d’un comité conjoint de suivi et de coordination
•    de cet accord en matière environnementale.
•    Et éventuellement l’élaboration de sanctions pour non respect des
•    dispositions environnementales

Il fallait aussi être vigilant sur le fait que le processus de négociation respecte les engagements internationaux et les prescriptions de l’OMC. Les attentes américaines telles que précisées dans la lettre adressée au congrès

américain par M. Robert Zoellick représentant de l’USTR présentent des risques qu’il fallait minimiser et des avantages à matérialiser.
Elles sont résumées comme suit :
•    Promouvoir des politiques de commerce et d’environnement
Mutuellement positives,
•    Rechercher un engagement approprié de la part du Maroc pour
L’application effective de ses lois environnementales,
•    Parvenir à ce que le Maroc s’efforce d’assurer de ne pas affaiblir
ou réduire sa réglementation environnementale afin d’encourager
Le commerce,
•    Aider le Maroc à renforcer ses capacités pour protéger l’environnement
À travers la promotion du développement durable en établissant en particulier des mécanismes consultatifs46.

Conclusion générale:
La compétitivité de l’économie et des entreprises représente une préoccupation stratégique pour le Maroc, nécessaire pour faire face a la compétitivité internationale de plus en plus accrue .2010,  la date d’entrée en vigueur de la zone de libre échange EuroMed,  constitue une échéance importante.
A cette date les entreprises marocaines,  en plus de faire face à la concurrence étrangère, devront être en mesure de maintenir leur part de marché qui sera ouvert aux entreprises européennes.  Dans cette perspective,  les pouvoirs publiques marocains  ont mis en place une politique de mise à niveau qui à pour finalité de développer la compétitivité de tissu productif  marocain. Cette politique  vise à améliorer les ressources humaines,   la qualité, réformer l’environnement des affaires…etc.

La contrainte qui se pose donc à l’économie marocaine s’articule donc autour du développement de sa compétitivité internationale et de la construction d’avantage concurrentiel.   Au delà les avantages comparatifs acquis,   la littérature économique récente met l’accent  sur l’avantage compétitif construit
Ainsi que les questions qui seront toujours posées par ce sujet sont les suivantes :
●Existe-t-il une relation entre la capacité compétitive de certaines entreprises marocaines et leurs ouvertures vers l’extérieur ?
● Existe-t-il une dynamique de changement organisationnel dans les entreprises marocaines ?
● Par quel moyen s’opère cette dynamique ?
● Existe-t-il une stratégie d’apprentissage organisationnel élaborée par les entreprises marocaines ?
● Les relations interentreprises Maroco-Européennes intègrent-elles des dynamiques d’apprentissages organisationnels ?
● Existe-t-il un effet d’entraînement sur le tissu productif marocain et la construction d’avantage compétitif de l’économie marocaines ?
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46 Taha BALAFRAJ, l’environnement dans l’accord de libre échange entre le Royaume. Du Maroc et les Etats-Unis d’Amérique, Direction du partenariat, de communication et de la coopération septembre 2004.



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